Il est installé dans un petit bureau, au quatrième étage de la chancellerie, juste à côté de la salle de visioconférences d'Olaf Scholz. Sa mission ? Tenir la première promesse faite aux Allemands par le nouveau chancelier : freiner la propagation du Covid-19 en réalisant en un mois 30 millions d'injections, soit plus d'un million par jour.

Nommé le 29 novembre à la tête d'une cellule de crise de 17 personnes, le général de division Carsten Breuer est l'homme qui doit sauver l'Allemagne d'un ennemi invisible, le nouveau variant Omicron. Vétéran d'Afghanistan, ancien commandant de la force armée de l'OTAN dans le Kosovo, il a déjà annoncé qu'il travaillera le soir du réveillon de Noël. "La situation m'y oblige", dit-il.

"Général Corona"

Carsten Breuer est plus qu'un militaire. C'est l'homme à qui les gouvernements font entièrement confiance pour des missions civiles. Il a dirigé l'aide aux victimes des inondations de cet été en Rhénanie et piloté la rédaction du "livre blanc" de la Bundeswehr lorsque la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, était encore ministre de la Défense d'Angela Merkel. Un ouvrage de référence pour les réformes en cours de l'armée allemande.

"Général Corona", comme on le surnomme, a été chargé de mettre en place tout le système logistique de la vaccination en Allemagne. Marié, père de trois enfants, Carsten Breuer a plus de 20 000 soldats sous son commandement pour stocker les vaccins dans les casernes, accélérer la vaccination dans les maisons de retraite et les vaccinodromes, ou encore établir des statistiques dans les agences de santé.

LIRE AUSSI : Antivax en Allemagne : avec Olaf Scholz, la fin de l'indulgence

Carsten Breuer veut éviter de répéter les erreurs de coordination du début de la crise sanitaire. Plus question de fermer les centres de vaccination, comme l'avait décidé à la fin de l'été l'ancien ministre conservateur de la Santé, Jens Spahn. Ils resteront en "stand-by", toujours prêt à rouvrir si cela est nécessaire. "Nous devons être en mesure de vacciner en quelques semaines une grande partie de la population, résume-t-il. Notre objectif n'est plus courir derrière la vague, mais d'être en avance sur elle."

Seuls sept Allemands sur dix sont vaccinés

Notamment face à l'arrivée d'un variant plus agressif et plus menaçant que les précédents, comme Omicron, où il faut réagir encore plus vite que prévu dans un contexte défavorable : à peine plus de 70% de la population allemande est vaccinée, l'un des taux les plus faibles de l'Union européenne.

LIRE AUSSI : "On n'osait même pas en rêver" : à Mayence, un miracle économique nommé BioNTech

Bien que le nombre de cas baisse depuis deux semaines, le gouvernement a décidé de durcir les mesures sanitaires pour anticiper la vague. Olaf Scholz a annoncé, mardi 21 décembre, de nouvelles restrictions qui réduisent considérablement les libertés de ses concitoyens. A partir du 28 décembre, les réunions privées en famille ou entre amis seront limitées à dix personnes vaccinées ou guéries. Les rencontres sportives et autres événements de masse se dérouleront sans public. Néanmoins, les déplacements seront autorisés et les restaurants, commerces et les écoles ouvertes.

En raison d'un passé militaire peu glorieux, les généraux allemands sont rarement populaires. Mais Carsten Breuer pourrait corriger cette image de la Bundeswehr en réussissant cette mission de santé publique et en devenant, à 57 ans, comme son homologue Francesco Figliuolo en Italie, un héros de la pandémie.