C'est l'une des premières actions fortes des talibans, après leur prise de Kaboul. Les nouveaux maîtres de l'Afghanistan ont libéré les milliers de détenus de la principale prison militaire du pays, le centre de détention de Parwan, au nord de la capitale, près de la base aérienne de Bagram. Parmi eux, des insurgés, bien sûr, mais également des combattants et des commandants d'Al-Qaeda, l'organisation islamique à l'origine de nombreuses attaques terroristes à travers le monde, dont celles du 11 septembre 2001.

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De fait, les talibans et le mouvement fondé par Oussama Ben Laden n'ont jamais cessé d'entretenir des liens. Ce qui fait craindre à certains observateurs la résurgence d'un sanctuaire afghan du djihadisme international. Lors d'une récente audition par le Sénat états-unien, le chef d'état-major de l'armée américaine, le général Mark Milley, a mis en garde contre un accroissement des menaces terroristes visant les Etats-Unis avec la chute rapide de Kaboul. Pour Al-Qaeda, il s'agit bien d'une aubaine : "L'organisation considère cette victoire comme la sienne, car les talibans n'ont jamais renié ce mouvement, rappelle Wassim Nasr, spécialiste du djihadisme et auteur d'Etat islamique, le fait accompli (Plon). Il a d'ailleurs participé, dans quelques localités, à la récente offensive talibane."

L'histoire d'Al-Qaeda reste indissociable de celle de l'Afghanistan. Le mouvement a été lancé par d'anciens combattants étrangers venus prêter main-forte aux moudjahidines luttant contre l'occupation soviétique, dans les années 1980. La décennie suivante, lors de la guerre civile, il a apporté son soutien à de nouveaux venus dans le jeu local, les talibans, nationalistes afghans avec lesquels il partage une lecture ultrarigoriste de l'islam. Après leur quasi-conquête du pays et l'instauration d'un Emirat islamique, ceux-ci ont accueilli à bras ouverts Oussama Ben Laden, chassé du Soudan en 1998. Leur refus de le remettre aux Américains après les attentats du 11 Septembre a précipité la chute de leur régime.

Des avions sur le tarmac de l'aéroport de Kaboul le 14 août 2021

Des avions sur le tarmac de l'aéroport de Kaboul, le 14 août 2021.

© / afp.com/Wakil KOHSAR

Pour justifier le retrait définitif de ses troupes, Joe Biden répète que les Etats-Unis ont atteint leur objectif originel en Afghanistan, la mort d'Oussama Ben Laden (en 2011) et l'affaiblissement d'Al-Qaeda. Même si elle a perdu de l'envergure, l'organisation est cependant loin d'avoir disparu : l'ONU a indiqué dans un récent rapport qu'elle dispose de "quelques dizaines à 500 personnes" dans la région. La Maison-Blanche parie néanmoins sur le fait que les talibans respecteront l'accord signé au Qatar en 2020 : le départ américain contre la promesse de ne pas laisser le pays redevenir une base opérationnelle pour les mouvements terroristes.

Engagement sur parole des talibans

L'ONU note certes que les talibans ont réuni "des informations sur les combattants terroristes étrangers, en les enregistrant et en leur imposant des restrictions", mais ajoute qu'il est "impossible de prédire avec confiance qu'ils tiendront l'engagement pris d'écarter toute menace internationale future émanant d'Al-Qaeda". D'autant qu'ils savent que Washington, une fois ses opérations d'évacuation terminées, ne disposera plus de forces militaires sur le terrain pour imposer ses vues.

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Les talibans pourraient en revanche poursuivre leur traque des membres de l'Etat islamique, l'autre groupe terroriste international implanté en Afghanistan. "Ils ont mené une véritable guerre, depuis plusieurs années, à sa branche afghane, relève Karim Pakzad, chercheur associé à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) spécialiste de la région. Si Moscou a établi des relations rapides avec les actuels vainqueurs, c'est avant tout pour qu'ils se montrent implacables avec cette filiale susceptible de déstabiliser ses alliés d'Asie centrale." De même, Pékin échange depuis deux ans avec leurs chefs, pour être sûr que les islamistes de l'ethnie ouïgoure ne trouveront aucune aide en Afghanistan. Voilà les talibans prévenus : s'ils veulent bénéficier de la bienveillance des Russes et des Chinois, deux membres du Conseil de sécurité de l'ONU en mesure de leur offrir une certaine reconnaissance internationale, le soutien à des groupes terroristes est une ligne rouge à ne pas franchir.