Il y a ces images des tours du World Trade Center, transformées en quelques minutes en un amas de ferraille et de cendres, qui demeurent gravées sur nos rétines, vingt ans après le 11 Septembre. Ces autres images, prises quelques mois plus tôt, de ces bouddhas géants de la vallée de Bamiyan, rasés par les talibans après une fatwa du mollah Omar. Ces femmes afghanes, cadenassées chez elles, et interdites d'école et de travail au nom d'une idéologie moyenâgeuse. "Dans nos sociétés de tolérance et d'ouverture, de libertés conquises au fil des siècles, il faut tracer avec fermeté la limite entre l'acceptable et de l'inacceptable", martelait Jacques Chirac dans un discours mémorable à Washington le 19 septembre 2001. Moins de trois semaines plus tard vient l'heure du sursaut de l'Occident, qui part traquer dans les montagnes d'Afghanistan les commanditaires des attentats de New York et de Washington et leurs protecteurs locaux. Après cinq années au pouvoir, le régime taliban s'effondre le 13 novembre quand les forces de l'Alliance du Nord pénètrent dans Kaboul. Soulagement démocratique dans nos capitales, mais tout un pays est à reconstruire.
Vingt ans plus tard, le retour des talibans dans Kaboul sonne la défaite de l'Occident. Non faute de moyens : on ne calcule plus les tombereaux de dollars jetés en pâture à un régime démocratique fantoche et une armée de pacotille. Mais l'Afghanistan est loin - plus de 11 000 kilomètres entre Washington et Kaboul -, nos démocraties exsangues, les pertes immenses (2 400 soldats américains morts en Afghanistan, 90 soldats français...), et Oussama Ben Laden a été tué. Très mouvante, la ligne entre l'acceptable et l'inacceptable fait furieusement penser à ces fameuses lignes rouges dressées un jour par Barack Obama à propos de la Syrie et oubliées quelques mois plus tard. Joe Biden, l'actuel président, qui ne cesse de scander depuis son élection America is back ("l'Amérique est de retour") portera comme une marque indélébile la responsabilité du départ américain d'Afghanistan (en réalité largement anticipé par ses prédécesseurs).
Se superposent devant nos yeux ces clichés du départ précipité des Occidentaux dans l'aéroport de Kaboul, et des talibans arpentant triomphalement le palais présidentiel. Joe Biden, lui, prépare son sommet virtuel des démocraties, prévu en décembre prochain. Mais pour quoi faire ?
