La COP27 qui s'ouvre ce dimanche 6 novembre à Charm el-Cheikh, en Egypte, résonne particulièrement sur le continent africain, l'un des plus touchés par le réchauffement climatique. Organisée chaque année sur un continent différent, la Conférence des parties de la convention des Nations unies sur les changements climatiques doit se tenir jusqu'au 18 novembre. Près de 200 représentants de pays doivent se retrouver autour de la table des négociations, dont une centaine de chefs d'Etat. A l'ordre des priorités de cette vingt-septième COP, figure de loin la question des finances du changement climatique ainsi que celle des "pertes et dommages" (ou pertes et préjudices). Soit les conséquences irréversibles du changement climatique qui touchent déjà une majeure partie du globe.
La présidence égyptienne a déjà rappelé sa volonté de faire de la COP27 la conférence de la mise en oeuvre de l'Accord de Paris, pris il y a sept ans lors de la COP21, dont l'un des objectifs phare est de réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre dans le but de limiter à 2 °C le réchauffement planétaire au cours du siècle. Aussi, l'Accord de Paris avait formulé l'objectif de fournir aux pays en développement des ressources financières "pour atténuer les changements climatiques, renforcer la résilience et accroître les capacités d'adaptation aux effets produits par ces changements". Une ambition de plus en plus pressante du point de vue des pays en développement, qui comptent bien pousser la question du financement du réchauffement dans sa globalité lors des discussions.
Les modes de financement du réchauffement climatique, un enjeu majeur
"La question des financements est centrale, c'est elle qui déterminera la réussite ou non de cette COP27", annonce d'emblée auprès de L'Express Aïssatou Diouf, responsable plaidoyer pour l'ONG Enda Energie. Le sujet n'est pas nouveau pour une COP, mais les attentes sont de plus en plus grandes, du fait que les engagements pris des années auparavant ne sont pas respectés.
En 2009, lors de la COP de Copenhague, les pays du nord avaient ainsi pris la décision de débloquer une enveloppe de 100 milliards de dollars par an, d'ici 2020, pour aider les pays du sud à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, mais aussi à développer leur économie en ayant le moins recours possible aux énergies fossiles et les soutenir dans leur adaptation face au changement climatique. Or en 2020, seulement 83 milliards de dollars par an étaient mis sur la table. "Et d'après les prévisions, les 100 milliards de dollars devraient être atteints seulement en 2023", commente Fanny Petitbon, de l'ONG Care. "C'est trop lent et pas assez conséquent. Car en réalité, la définition de 100 milliards de dollars pour aider les pays en développement avait à l'époque été faite au doigt mouillé", poursuit-elle. Pour preuve, Fanny Petitbon cite un rapport de l'ONU publié la semaine dernière. Le document indique que les pays en développement ont besoin de 340 milliards de dollars par an pour s'adapter aux conditions météorologiques extrêmes. "L'un des enjeux de cette COP sur les financements du réchauffement climatique va donc s'articuler autour de la tenue de cette promesse des 100 milliards le plus tôt possible", explique la spécialiste. Et d'ajouter : "Il devrait aussi y avoir des discussions sur le fait de transformer cette aide en dons de la part des pays du nord, qui sont historiquement à l'origine de la plus grosse part de pollution, et d'arrêter le mécanisme de prêt qui est aujourd'hui en place".
En outre, Alden Meyer, ancien acteur des négociations climatiques, aujourd'hui au groupe de réflexion E3G, a récemment rappelé, lors d'une réunion presse de l'European climate foundation, que "les gouvernements ont mobilisé des centaines, si ce n'est des milliers de milliards de dollars pour répondre à la crise du Covid, à la guerre en Ukraine. Regardez le budget annuel des pays développés. Ce n'est pas une question d'argent, c'est avant tout une question de volonté politique".
Développer un mécanisme de financement des "pertes et dommages" ?
L'autre enjeu principal majeur de cette COP27, pour l'instant inscrit à l'agenda, semble être celui de la question du financement des "pertes et dommages", mise sur le devant de la scène lors de la précédente conférence des parties à Glasgow l'année dernière. "Cette notion ramène aux impacts d'ores et déjà irréversibles du réchauffement climatique, comme la disparition d'îles et les pertes de vies humaines. Elle pointe aussi les dégâts monumentaux causés par des phénomènes extrêmes, qui demandent et vont demander des investissements majeurs", explique Fanny Petitbon.
"C'est un sujet dont on parle depuis plusieurs décennies, mais dont nous n'avons eu la reconnaissance politique que lors de la COP26", reconnaît Aïssatou Diouf. En 2021, les participants ont d'ailleurs lancé le "dialogue de Glasgow", censé permettre aux pays en développement de discuter avec les pays développés des modalités de financement des activités visant à éviter les pertes et les dommages liés aux effets néfastes des changements climatiques, à les réduire au minimum et à y remédier. Il devrait durer trois ans. Les pays vulnérables demandent ainsi que les pertes et dommages soient considérés comme le troisième pilier de la lutte mondiale contre le réchauffement climatique, après l'atténuation (ou la réduction des gaz à effets de serre) et l'adaptation. Pour de nombreux pays demandeurs de cette mesure, l'idée serait de mettre en place un mécanisme de financement additionnel à celui des 100 milliards de dollars par an, et sous forme de dons. "Il n'est pas concevable que nos pays s'endettent encore pour faire face à des pertes et dommages qu'ils n'ont pas causés", abonde Aïssatou Diouf.
Mais les pays de nord, Etats-Unis et Union européenne en tête, ont toujours été frileux à l'instauration d'un tel mécanisme de financements, évoqué pour la première fois il y a plus de trente ans par les îles pacifiques du Vanuatu face à la montée inéluctable des eaux. "La ligne rouge de l'UE et des Etats-Unis, notamment, est qu'ils ne veulent pas être tenus juridiquement responsables de payer pour compenser leurs émissions de gaz à effet de serre", assure Fanny Petitbon. Il n'empêche, que c'est la première fois que la spécialiste de l'ONG Care observe de vrais pourparlers plus ou moins officieux sur la question des pertes et dommages. "Ça devient un enjeu politique. Et un sujet, qui était d'ordinaire traité par des négociateurs ou des représentants techniques de ministères, est devenu un sujet où les chefs d'Etat et ministres vont devoir se positionner", opine-t-elle.
De son côté, la France défend une position ouverte sur le sujet mais estime qu'un consensus doit encore être trouvé sur le moyen le plus efficace de l'affronter. Du point de vue de l'hexagone, l'ouverture d'un nouveau fonds ne serait peut-être pas la seule solution, étant donné que des financements existent déjà pour la prévention et la résilience. Pour l'heure, le sujet des pertes et dommages n'est pas encore officiellement inscrit à l'ordre du jour. "Mais ce serait risqué pour les pays développés de s'y opposer, car cela contribuerait à éroder un peu plus la confiance entre le nord et le sud", conclut Fanny Petitbon.
