Icône de la révolution de 2011, Alaa Abd El-Fattah est en passe de devenir celui de tous les prisonniers politiques d'Egypte, au nombre de 60 000 selon les organisations internationales de défense des droits humains. Depuis ce dimanche 6 novembre et l'ouverture de la COP 27, qui se tient à Charm el-Cheikh, en Egypte, le blogueur a pris une décision radicale. Pour dénoncer son emprisonnement arbitraire, il a décidé de durcir sa grève de la faim, commencé le 2 avril dernier, en refusant désormais d'avaler la moindre calorie ou de boire la moindre goutte de liquide. Déjà très affaibli par des mois de privation, le militant de bientôt 41 ans semble donc prêt à sacrifier sa vie pour dénoncer le pouvoir dictatorial du tout-puissant président Abdel-Fattah Al-Sissi.

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Né en 1981, Alaa Abd El-Fattah a grandi dans une famille à l'esprit indépendant et contestataire. Son père, militant communiste, a été emprisonné pendant cinq ans dans les geôles du président Hosni Moubarak. Sa mère, professeure engagée, et sa tante, écrivaine, ont également influencé le jeune Alaa dans sa vocation : écrire contre les régimes d'oppression et encourager les citoyens à reprendre le pouvoir. Au travers de son blog, Manalaa, mais également de ses posts sur les réseaux sociaux, El-Fattah a pratiqué, tant qu'il l'a pu, le journalisme citoyen, jusqu'à être récompensé par le prix Reporters sans frontières.

Lors de la révolution du 25 janvier 2011, qui mènera à la démission du président Moubarak, il est en première ligne, au point d'être surnommé "l'icône de la révolution". Mais les régimes successifs ne valent guère mieux, et le militant d'alors 30 ans s'oppose aussi bien aux Frères musulmans, qui arrivent au pouvoir le 30 juin 2012, qu'au coup d'Etat militaire organisé le 3 juillet 2013 par l'actuel président. Al-Fattah connaît bien l'univers carcéral égyptien, ayant passé l'essentiel des neuf dernières années de sa vie derrière les barreaux. Le 8 novembre 2017, la Cour de cassation du pays confirme sa condamnation à cinq ans de prison pour "diffusion de fausses informations". Dans les faits, il lui est reproché d'être un organisateur de désordre, notamment parce qu'il planifie de grandes manifestations hostiles au pouvoir.

Londres promet d'évoquer son cas

Avec l'ouverture de la COP 27 et le durcissement de sa grève de la faim, Al-Fattah espère faire plier le régime. La pression internationale sur le président égyptien est en tout cas bien réelle. La Grande-Bretagne, dont le blogueur possède la nationalité via sa mère, a promis de soulever son cas. Dans une lettre adressée à la soeur de Alaa, le nouveau Premier ministre, Rishi Sunak, s'est dit "totalement engagé pour résoudre cette affaire". De son côté, le secrétaire d'Etat américain, Anthony Blinken, a demandé à Al-Sissi de procéder à de "nouvelles grâces et remises en liberté de prisonniers politiques", sans toutefois mentionner explicitement le nom du militant.

Au-delà de la sphère politique, ce sont seize prix Nobel, principalement de littérature, comme Svetlana Alexievitch, Patrick Modiano et Annie Ernaux, qui ont publié, vendredi 4 novembre, une tribune dans le journal Le Monde, dans laquelle ils exhortent les responsables politiques à mettre à profit leur voyage en Egypte. Avec, en point d'orgue, une question : "Si les dirigeants du monde entier se réunissent en Egypte et repartent sans adresse aux plus vulnérables, quel espoir peut-il encore leur rester ?"