Plus de trois mois après le début des manifestations au Sri Lanka, la colère n'est pas retombée dans ce pays. Mais deux faits pourraient ramener un peu de calme sur une île en proie à une profonde détresse économique et sociale. Ce jeudi 14 juillet, le président Gotabaya Rajapaksa a annoncé officiellement sa démission et les manifestants ont pris la décision de quitter les bâtiments publics qu'ils occupaient.

Les faits. La lettre de démission était, selon les services de sécurité, prête depuis plusieurs jours. Ce jeudi, elle a été envoyée au parlement par email, actant la fin de l'ère des Rajapaksa au pouvoir. Si la lettre a été envoyée par ordinateur, c'est que le président a été contraint de fuir son pays pour échapper à la colère de la population.

Samedi 9 juillet, il a d'abord dû abandonner sa résidence, prise d'assaut par des manifestants. Après une première tentative de fuite avortée, il a, mercredi 13 juillet, pris un avion pour Malé, la capitale de l'archipel des Maldives. Conspué à son arrivée à l'aéroport, il a ensuite passé une nuit dans un hôtel de luxe de la ville, avant de s'envoler ce jeudi pour Singapour, d'où il a envoyé son mail de démission.

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Le chef de l'Etat est jugé responsable de la sévère crise qui frappe l'île, où l'inflation atteint les 70% et qui subit de graves pénuries de nourritures. Le résultat de mauvaises décisions de Gotabaya Rajapaksa, au pouvoir depuis 2019, mais dont la famille est très influente dans les sphères politiques depuis des décennies. Parmi les mesures désastreuses, citons l'interdiction de l'importation des produits chimiques phytosanitaires, ayant eu pour conséquence de baisser drastiquement la production agricole nationale.

Le Premier ministre du Sri Lanka Ranil Wickremesinghe a été investi vendredi 14 juillet président par intérim après la démission officielle de Gotabaya Rajapaksa. "Le président a officiellement démissionné de ses fonctions", a annoncé ce vendredi aux journalistes le président du Parlement, Mahinda Yapa Abeywardana, au lendemain de l'envoi par email de la lettre de démission. Peu après, Ranil Wickremesinghe a prêté serment devant le président de la Cour suprême devenant ainsi officiellement le président par intérim du pays, ainsi que le prévoit la constitution. Le Parlement se réunira mercredi pour élire, parmi les députés, un successeur à Gotabaya Rajapaksa. Le nouveau président assumera ses fonctions jusqu'à la fin du mandat initial, c'est-à-dire novembre 2024.

Le contexte. La fuite du président a été rendue nécessaire par la détermination de centaines de milliers de Sri Lankais à le chasser du pouvoir. Après avoir pris la résidence du chef de l'Etat, les manifestants ont réussi à pénétrer, mercredi 13 juillet, dans les bureaux de Ranil Wickremesinga, dont la maison a, elle, été incendiée le 9 juillet. Ce dernier est tout autant détesté par la population que son ancien chef, d'autant qu'il a donné l'ordre aux forces de sécurité de rétablir le calme par la violence.

Ce jeudi, les manifestants ont annoncé qu'ils allaient se retirer de tous les lieux publics qu'ils occupaient tout "en continuant la lutte". La démission de Gotabaya Rajapaksa constitue, sans nul doute, une première victoire pour eux.

Pourquoi c'est important. Si la crise est devenue politique, c'est parce qu'elle est d'abord sociale, et sur le point même de devenir humanitaire. Le gouvernement actuel est dans l'incapacité de financer les importations essentielles pour nourrir une population de 22 millions d'habitants.

Le Sri Lanka doit, en plus, rembourser une dette extérieure s'élevant à 51 milliards de dollars. Le pays n'a presque plus de réserve d'essence, si bien que le gouvernement est allé jusqu'à ordonner la fermeture de certains établissements administratifs et scolaires afin de réduire les déplacements de la population.