Le dernier soldat américain a quitté le sol afghan le 30 août, vingt-quatre heures avant la date limite prévue. Jusqu'au bout, l'Amérique, qui se retire la tête basse de sa plus longue guerre, aura redouté une nouvelle explosion à l'aéroport de Kaboul. Le "cimetière des empires" est désormais aux mains des talibans, ceux-là mêmes que l'Amérique avait chassés il y a vingt ans pour les punir d'avoir hébergé les organisateurs du 11 Septembre.
En manque de reconnaissance internationale et de financements, les nouveaux maîtres du pays multiplient les déclarations lénifiantes. Mais l'Occident, les Etats frontaliers et une partie des Afghans - déjà en proie à des représailles- vont désormais vivre dans la crainte. Les attaques suicides meurtrières du 26 août, revendiquées par la branche locale du groupe Etat islamique, prouvent que les talibans auront bien du mal à contrôler cette organisation terroriste qui leur voue une haine tenace pour avoir dialogué avec les Américains.
Provoquer l'instabilité et l'anarchie
"Au moins 2000 combattants hardcore" de Daech - dont beaucoup ont été libérés de prison récemment - sont présents sur le sol afghan, a estimé le général McKenzie, à la tête du commandement central des Etats-Unis. Un "défi" pour les dirigeants, a ajouté le haut gradé. Le mot est faible, "tant la stratégie de Daech est de provoquer l'instabilité et l'anarchie", souligne Karim Pakzad, spécialiste de l'Afghanistan à l'Institut de relations internationales et stratégiques.
Sans compter que les talibans se sont aussi engagés à maîtriser sur leur territoire les membres d'Al-Qaeda, dont ils sont proches. Autant de menaces pour l'Europe, qui ne dispose plus de relais de renseignement sur place. Pour éviter le chaos, les dirigeants islamistes devront réussir à former un gouvernement, puis s'atteler à la création d'un Etat fort, malgré les divergences au sein du mouvement et les rivalités ethniques, dans un contexte économique catastrophique.
Les Occidentaux seront probablement contraints d'établir des relations avec eux afin d'essayer de réduire le danger terroriste. Ils poseront des conditions - notamment en matière de respect des droits humains - et disposent pour cela de certains leviers. Mais les exigences de ce type seront d'autant plus difficiles à faire respecter que le nouveau pouvoir a reçu le soutien de Pékin et de Moscou, beaucoup moins regardants sur ces sujets.
