Comment faire monter en compétences les étudiants africains francophones ? En misant sur l'immersion dans les universités canadiennes, certes. Mais pourquoi ne pas envoyer des professeurs canadiens enseigner sur place ? Cette deuxième solution offre bien des avantages : les étudiants, qui restent dans leur environnement, évitent un choc culturel de même que les dépenses de transport et de séjour. Par ailleurs, il est plus facile, moins onéreux et plus écologique de ne déplacer que quelques enseignants.

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C'est à partir de ce double constat et avec cette ambition de renforcer les capacités des jeunes talents africains que Komlan Sedzro, doyen de l'Ecole des sciences de la gestion de l'Université du Québec à Montréal (ESG UQAM), a noué depuis quelques années des partenariats dans plusieurs pays d'Afrique francophone. Un modèle qui sort du cadre : en effet, dans la plupart des cas, les universités qui s'exportent ­ dont des institutions françaises, américaines ou autres ­ construisent directement un nouveau campus à l'étranger et y distillent leurs façons de faire et leurs valeurs.

Partenariats locaux

"Nous faisons le contraire, en nous appuyant toujours sur un partenaire local. Au Sénégal, nous avons un programme avec l'École supérieure de commerce (Sup de Co) de Dakar, et nous délivrons une certification sur place. Au Gabon, nous avons lancé récemment un exécutive MBA, ce qui permet aux cadres de suivre les cours des professeurs envoyés à Libreville ou qui ont enseigné durant la pandémie en distanciel, tout en continuant de travailler dans le pays. Il en est de même au Cameroun et en Tunisie (et auparavant au Mali). Par ailleurs, en 2019, nous avons signé un accord de partenariat avec la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), basée à Abidjan et commune à huit pays de l'Afrique de l'Ouest ­: le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo", énumère-t-il.

Ce dernier projet, un peu ralenti par la crise sanitaire, a cependant déjà donné lieu à l'élaboration d'un site de formation pour les professionnels de la finance locale. La certification qui en résultera est encore à déterminer entre l'ESG UQAM et la BRVM. "Elle portera en tout cas sur l'analyse financière, indique Komlan Sedzro. Et elle sera internationale." Il s'agit, pour les bénéficiaires de la formation, de devenir analystes financiers certifiés. Pour cela, pourquoi ne pas se fonder sur des cas d'études locaux, beaucoup plus efficaces et parlants que ceux des universités occidentales, portant généralement sur des multinationales ?

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"Privilégier la qualité et s'inscrire dans la réalité locale sont nos deux objectifs", poursuit le doyen de l'ESG UQAM. Sans oublier l'expansion, facilitée par les nouvelles formes d'enseignement hybride, mi-présentiel, mi-distanciel. En effet, des discussions sont également en cours, pour mettre sur pied une université d'été en 2023 avec la BRVM et pour élargir l'offre québécoise à d'autres institutions, comme, en Côte d'Ivoire, à l'Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny à Yamoussoukro, et l'université du même nom à Abidjan. "Ce sont deux établissements réputés et nous avons récemment rencontré leurs représentants en vue de développer la coopération, sous forme de cours et de recherche", se félicite Komlan Sedzro.

Développer des réseaux

Pour lui, l'éducation doit se mettre au service du développement économique du continent. Ce qui implique également de faire la part belle à l'innovation sociale et à la responsabilité sociétale et environnementale. "Dans le curriculum de l'exécutive MBA, nous avons d'ailleurs inclus des cours de management et d'éthique, alors que ces disciplines y sont souvent absentes, y compris en Occident", souligne-t-il. L'ESG UQAM veut aussi développer des réseaux pour ses diplômés africains, afin de créer une grande communauté de professionnels éduqués, aguerris, dont les valeurs seront celles de l'entraide, de l'émulation, de l'éthique. Certains de ses étudiants formés dans les programmes délocalisés sont déjà devenus maires, ministres ou ambassadeurs. D'autres diplômés devraient suivre...