Après sept mois au pouvoir, Joe Biden pouvait se targuer d'avoir mis un terme au chaos de son prédécesseur, repris le pays en main, et même engrangé plusieurs succès : plus de 70% de la population adulte est vaccinée, l'économie redécolle, son grand programme de modernisation des infrastructures a des chances d'être voté... Mais la victoire éclair des talibans, qui a surpris les autorités les autorités américaines, et le fiasco de l'évacuation de Kaboul ont porté un sale coup à l'image du président. Comme le résume le New York Times, "M. Biden restera dans l'Histoire, à juste titre ou pas, comme celui qui a présidé à l'acte final humiliant de l'expérience américaine en Afghanistan."

Joe Biden, qui n'a cessé de mettre en avant son expérience en matière de politique étrangère, a sérieusement minimisé le danger des talibans. Sortant de son silence lundi 16 août dans un discours à la nation, il a défendu farouchement sa décision de retirer les troupes. Les Etats-Unis n'ont pas de raison de continuer une guerre coûteuse en vies et en dollars, qui "n'est pas dans notre intérêt national", a-t-il souligné. L'effondrement ultrarapide du régime est "la preuve que, quel que soit le niveau d'engagement militaire, il ne sera pas possible d'arriver à un Afghanistan stable, uni et sûr." Il a reconnu que l'avancée des talibans s'était déroulée "plus vite que nous ne l'avions anticipé", mais a rejeté la faute sur les forces afghanes, les dirigeants incapables de gérer le pays, ainsi que sur son prédécesseur, Donald Trump. Ce dernier avait passé un accord avec les talibans en 2020, qui a renforcé leur position et compliqué sa tâche.

"C'est un désastre total"

Les républicains, qui peaufinent leur angle d'attaque pour les législatives de l'année prochaine, ont aussitôt saisi l'occasion pour fustiger l'incompétence du président Biden. "C'est un désastre total, de proportions épiques", a clamé Michael McCaul, un représentant républicain du Texas. Je pense qu'il va avoir du sang sur les mains." Kevin McCarthy, le chef de file des républicains à la Chambre, a renchéri: "Son manque de leadership à ce moment crucial est honteux. Cela a seulement servi à abandonner nos alliés et à enhardir nos adversaires." D'autres ont prédit que l'Afghanistan allait redevenir un repaire de terroristes. Sentant la faille, Donald Trump, de son côté, a tiré à boulets rouges sur l'homme qui l'a battu l'an dernier. Il l'a accusé d'avoir "capitulé" devant les talibans, et a demandé sa démission. S'il était toujours au pouvoir, la situation serait "totalement différente", a affirmé le milliardaire. Même les faucons républicains sont ressortis du trou dans lequel ils étaient tapis depuis les années Trump pour appeler les Etats-Unis à continuer cette guerre sans fin.

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Un certain nombre de démocrates y sont allés aussi de leurs jugements. Ils ont dénoncé l'évacuation tardive et calamiteuse de milliers d'Afghans, alors que les Etats-Unis sont censés la préparer depuis des mois et distribuer des visas. "C'est une tache indélébile sur sa présidence", a estimé Ryan Crocker, ambassadeur en Afghanistan sous Barack Obama, réprouvant le "manque total de planification coordonnée". Debbie Dingell, représentante du Michigan, a comparé les scènes à celles de la chute de Saigon en 1975.

Comment va réagir l'opinion publique ?

La grande question reste de savoir comment va réagir l'opinion publique. Il est encore trop tôt pour le dire. Pour le moment, on observe davantage de manifestations contre le port du masque dans les écoles que contre l'abandon de Kaboul. A la fin de juillet, selon un sondage, 55% des Américains approuvaient le retrait mis en oeuvre par Joe Biden. Mais les images terribles d'Afghans tombant d'avions et l'accroissement probable de la violence dans les jours à venir risquent d'avoir un effet négatif sur la cote de popularité de Biden, laquelle était déjà en baisse du fait de la hausse de l'inflation, ou des difficultés liées à la pandémie de Covid-19...

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Encore faut-il que la crise afghane reste à la une des médias assez longtemps. Or, si l'on se réfère au passé, les sujets internationaux aux Etats-Unis ont tendance à passer assez vite à la trappe, remplacés par des préoccupations domestiques. "Une chose me frappe vraiment : c'est que pas un de mes électeurs ne m'a appelé à ce sujet. Et j'ai pourtant dans ma circonscription une importante population d'anciens combattants", a tweeté Ruben Gallego, un représentant démocrate.