"Djoko" a l'habitude de se faire remarquer sur les courts de tennis pour ses performances. Cette fois-ci, le numéro 1 mondial fait la Une en dehors des courts, au point de provoquer une crise diplomatique. Le litige : les autorités australiennes ont décidé d'annuler le visa de Novak Djokovic et de l'expulser du pays alors que le joueur avait l'intention de participer à l'Open d'Australie. La raison : il n'a jamais communiqué sur son statut vaccinal. Le Serbe âgé de 34 ans est arrivé mercredi soir à Melbourne dans l'espoir de participer à l'un des tournois du grand Chelem. Pour avoir la possibilité d'y défendre son titre obtenu en 2020, il avait obtenu une dérogation médicale lui permettant de jouer sans être vacciné. Face au tollé provoqué par cette annonce, elle a été finalement annulée. Le sportif a intenté un recours en justice ce jeudi matin contre cette annulation et obtenu de ne pas être expulsé avant une audience judiciaire prévue lundi. Surnommé "Le Joker" par ses fans, il passera la nuit en détention.
Si cette nouvelle bouleverse la compétition de tennis qui commence le 17 janvier, elle dépasse le cadre sportif et crée des tensions entre la Serbie et l'Australie. En effet, Belgrade n'a pas attendu longtemps avant de sortir les griffes pour défendre son poulain. Le président Aleksandar Vucic accuse l'Australie de "mauvais traitement" envers le champion de tennis à son arrivée dans l'Etat de Victoria, dont Melbourne est la capitale. Le chef de l'Etat a écrit sur Instagram que "toute la Serbie était avec lui (Djokovic)" et que "les autorités prenaient toutes les mesures nécessaires pour que le mauvais traitement du meilleur joueur de tennis du monde cesse aussitôt que possible". Alors que le président serbe s'est entretenu avec le champion pendant sa détention, il a ajouté que la Serbie allait se "battre pour Novak, pour la vérité et pour la justice."
Plus tôt mercredi, le père de Djokovic a déclaré au média Sputnik Serbia que son fils avait été "retenu en captivité pendant cinq heures" à l'aéroport. Srdjan Djokovic a ensuite demandé qu'on réserve un accueil de héros à son fils pour son retour." Notre fierté, notre Novak revient... nous devrons l'accueillir comme il le mérite!", a-t-il posté sur Instagram. L'entraîneur de Djokovic, Goran Ivanisevic, a posté une photo sur Instagram de lui-même et d'autres membres de l'équipe de soutien serbe en attente.
De son côté, l'Australie ne se laisse pas intimider. Les douanes locales expliquent que "M. Djokovic n'a pas fourni les éléments appropriés pour entrer en Australie" et que "les ressortissants étrangers qui ne disposent pas d'un visa valide ou dont le visa a été annulé seront placés en détention et expulsés d'Australie".
Selon la presse australienne, le nonuple vainqueur de l'Open d'Australie n'aurait pas rempli le bon formulaire pour faire sa demande de visa et celui qu'il a demandé n'autorise pas de dérogation médicale. Mais le quotidien The Age va plus loin et assure que le joueur ne remplissait pas les conditions pour échapper à la quarantaine imposée à l'arrivée aux personnes non vaccinées contre le Covid-19. Le service fédéral des douanes a contacté le gouvernement de l'Etat de Victoria, lorsque le camp Djokovic a constaté son erreur, a expliqué le quotidien australien. Mais cette demande a été retoquée, avait indiqué Jaala Pulford, une ministre de l'Etat de Victoria. Plusieurs médias, dont The Age et le Sydney Morning Herald, assurent que les avocats de Djokovic vont tenter de faire annuler la décision.
Djokovic, muet sur son statut vaccinal, était déjà dans le collimateur de la classe politique australienne depuis qu'il a annoncé avoir obtenu une dérogation médicale pour participer à l'Open d'Australie. Si les preuves pour soutenir cette dérogation sont "insuffisantes", alors Djokovic "ne sera pas traité différemment de qui que ce soit d'autre, et il retournera chez lui par le premier avion", avait insisté le Premier ministre australien, Scott Morrison. Le chef du gouvernement a déclaré qu'il était de la responsabilité du joueur de s'assurer qu'il avait les bons papiers avant d'arriver en Australie. Toute personne remplissant les conditions a été autorisée à entrer. Il n'y a pas eu de faveur spéciale. Il n'y a pas eu de traitement spécial accordé à Novak", a insisté de son côté le directeur de l'Open d'Australie Craig Tiley.
A noter que le joueur Rafael Nadal a estimé ce jeudi que le numéro 1 mondial "connaissait les conditions" lorsqu'il a pris sa décision de venir en Australie non vacciné. Pour mieux comprendre le contexte, l'île-continent a payé un lourd tribut face au Covid-19 avec des confinements particulièrement longs et pénibles pour la population. L'idée d'un traitement de faveur passerait d'autant plus mal que Melbourne "a subi des mesures anti-Covid parmi les plus draconiennes au monde avec plus de 260 jours de confinement", note le média américain USA Today. Alors que la campagne vaccinale du pays avait un retard à l'allumage, on compte aujourd'hui 77% des Australiens complètement immunisés. En Serbie, la situation est inverse : alors que la population était piquée à tour de bras au printemps dernier grâce à l'afflux de vaccins chinois, la cadence s'est ralentie. Au 1er janvier, 46% des Serbes disposaient d'un schéma vaccinal complet.
