Là où vous parlez de libertés, je vois des inégalités.

Les appels, parfois violents, fusent, demandant la fin immédiate et définitive de toutes les restrictions sanitaires contre le Covid-19, au nom des libertés individuelles. Cela mérite un débat, mais il ne faudra pas ignorer que ceux qui sont abandonnés au risque sanitaire et à l'obligation de reprendre un travail sont les plus exposés et les plus fragiles.

"Vous les vieux, nous vous avons suffisamment donné. Nous n'allons plus, pour vous protéger, ruiner notre économie, et perdre nos plus belles années de vie". Ces mots sont-ils excessifs, loin du réel d'une société qui protègerait toutes ses générations ? Pas du tout. "Pourquoi vacciner en priorité ces vieux dans les Ehpad alors qu'ils vont bientôt mourir" a été calmement énoncé par un médecin sur un plateau de télévision, sans que cela soulève la moindre protestation. Le thème du sacrifice des anciens pour protéger les jeunes générations a été un élément récurrent porté par des philosophes de grande qualité. Le scandale récent des conditions de vie dans les Ehpad est venu illustrer comment notre société considère ce qu'elle appelle "la fin de vie" des vieux.

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"Vous les "à risque de formes graves", les diabétiques, obèses, asthmatiques, coronariens ou immunodéprimés, vous êtes priés de maigrir, courir, mieux respirer, mieux manger, et vous refaire une immunité en clair de ne plus être à risque. Et si cela n'est pas possible alors vous devez vous confiner et avec vos masques de canard vous tenir à l'écart, de l'autre côté de ma rue, loin de ma vie. Nous n'allons pas sacrifier notre quotidien pour vous protéger d'une forme sévère de Covid, ce qui il est vrai signifie hospitalisation et décès. Mais n'est-ce pas de votre faute ?"

Bien sûr, personne n'ose le dire sous cette forme. Mais que signifie les "isolons ceux à risque" ou "il suffirait de plus de lits de réanimation", sinon une demande d'exclusion volontaire et, en cas de refus, un risque qui n'est plus partagé ?

Marx vaincu par le Sars-CoV-2

"Vous les enfants, qui ne faites pas souvent de formes graves, vous êtes priés de retourner à l'école et nous ne voulons pas savoir si vous êtes contaminés. Nous sommes sur le podium des pays dont les écoles sont restées ouvertes, là est l'essentiel. Ce n'est pas vingt décès, quelques milliers d'hospitalisations et le risque de Covid long qui vont venir gâcher notre plaisir". Bien sûr, je ne mésestime pas l'importance de maintenir le système éducatif ouvert pour préserver l'avenir de nos enfants. Mais si les écoles sont les sanctuaires que l'on nous a vantés, alors où sont les capteurs de CO2, les épurateurs d'air, les tests systématiques et souvent tout simplement les toilettes convenables après deux ans de pandémie ? Les "écoles ouvertes" n'ont-elles été qu'un vain slogan masquant l'insuffisance des mesures sanitaires et favorisant une contamination massive de nos enfants ?

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L'économie flambe, les chaînes de production tournent à plein rendement, le chômage est au plus bas, le monde d'avant est de retour, sans une ride. Aucun capitaine d'industrie n'aurait pu imaginer que ses ouvriers et employés réclameraient un retour anticipé à leur poste de travail. Ford et les Gafam ont définitivement gagné, et Marx a été vaincu par le Sars-CoV-2.

Il est encore temps de nous préparer un avenir commun. Mais, nous devons choisir entre la liberté de chacun ou l'égalité de tous.