Après des négociations longues et difficiles qui ont largement débordé du calendrier prévu, la COP27 s'est terminée ce dimanche 20 novembre, à l'aube, après d'adoption d'un texte très disputé sur l'aide aux pays pauvres affectés par le changement climatique. En revanche, aucune trace de nouvelles ambitions pour la baisse des gaz à effet de serre. "Ça n'a pas été facile" mais "nous avons finalement rempli notre mission", a souligné le président égyptien de la conférence, Sameh Choukri. Le bilan reste cependant contrasté et les engagements jugés insuffisants par rapport à l'étendue de la crise climatique.

Une des principales critiques : se préoccuper des conséquences du réchauffement climatiques sans nommer ou limiter ses causes. "Le monde ne nous remerciera pas quand il entendra uniquement des excuses demain", déplore Frans Timmermans, vice-président de la Commission européenne. Même constat pour Nathalie Unterstell, présidente du think tank Talanoa. "La COP27 n'a pas réussi à proposer une vision ambitieuse de l'adaptation, avec des conséquences sur la protection des personnes et de la planète. Le peuple latino-américain et notre nature diverse et riche paieront le prix de l'inaction."

Un accord historique sur l'aide aux pays pauvres

Cette édition a donc été marquée par l'adoption d'une résolution emblématique, qualifiée d'historique par ses promoteurs, sur la compensation des dégâts causés par le changement climatique déjà subis par les pays les plus pauvres. Ce dossier des "pertes et dommages" climatiques avait failli faire dérailler la conférence, avant de faire l'objet d'un texte de compromis de dernière minute. S'il laisse de nombreuses questions en suspens, il acte toutefois le principe de la création d'un fonds financier spécifique.

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"Les pertes et dommages dans les pays vulnérables ne peuvent désormais plus être ignorés même si certains pays développés avaient décidé d'ignorer nos souffrances", a salué la jeune militante ougandaise Vanessa Nakate. De son côté, Avinash Persaud, envoyé spécial du Premier ministre de la Barbade, parle d'une "décision historique et d'une "petite victoire pour l'humanité".

Réduction des émissions : pas d'ambition nouvelle

La déclaration finale adoptée, fruit de nombreux compromis, appelle à une réduction "rapide" des émissions, mais sans ambition nouvelle par rapport à la dernière COP de Glasgow, en 2021. "Nous devons drastiquement réduire les émissions maintenant - et c'est une question à laquelle cette COP n'a pas répondu", a regretté le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres. Dans la foulée, l'Union européenne s'est dite "déçue" par l'accord sur les émissions.

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De nombreux pays ont estimé que les textes proposés par la présidence égyptienne constituaient un retour en arrière sur les engagements, pris à Glasgow, d'en relever régulièrement le niveau. Notamment sur l'objectif le plus ambitieux de l'accord de Paris, c'est-à-dire contenir le réchauffement à 1,5°C par rapport à l'ère préindustrielle - qui est toutefois réaffirmé dans la décision finale. "Cette COP a affaibli les obligations pour les pays de présenter des engagements nouveaux et plus ambitieux", a regretté Laurence Tubiana, architecte des accords de Paris de 2015.

L'échec de la COP27 sur les énergies fossiles

La COP échoue à s'attaquer aux énergies fossiles, pourtant les principales responsables du réchauffement climatique. Le charbon avait été cité en 2021 après de rudes échanges mais à Charm el-Cheikh, les "suspects habituels", selon l'expression d'un délégué, s'y sont une nouvelle fois opposés pour le pétrole et le gaz. Par exemple l'Arabie saoudite, l'Iran ou la Russie, pays souvent cités. Le développement des renouvelables fait cependant l'objet d'une mention inédite aux côtés des énergies à "basses émissions", expression généralement appliquée au nucléaire.

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La COP27 mentionne seulement que les pays s'engagent à "accélérer les efforts vers la réduction progressive de l'utilisation du charbon sans capture (de CO2) et la suppression des subventions inefficaces aux combustibles fossiles". Le pétrole et le gaz ne sont pas mentionnés, alors que l'atteinte de la neutralité carbone implique de ne plus construire aucune installation fossile. Les émissions de CO2 produites par la consommation d'énergies fossiles - pétrole, gaz ou charbon - vont dépasser en 2022 leur niveau record, après le trou d'air dû au Covid, selon une étude de référence publiée le 11 novembre.

"L'industrie des combustibles fossiles et les élites dans leur poche se sont mobilisées pour prendre le contrôle de la COP27. C'est le dernier acte d'hommes désespérés qui ont d'abord nié la science du climat, puis retardé la politique climatique, et veulent maintenant usurper les vraies solutions climatiques avec de fausses solutions", déplore Catherine Abreu, directrice de Destination Zéro. La conférence a accueilli "un record de 636 lobbyistes de cette industrie (des énergies fossiles) et a donné lieu, en coulisse, à la conclusion d'une vingtaine de contrats de gaz", épingle Le Monde.

Une présidence égyptienne très critiquée

L'organisation de la conférence des Nations unies sur le climat, qui rassemble chaque année jusqu'à 35 000 personnes venues de 195 pays, est un immense défi logistique. Mais cette année, les problèmes rencontrés lors de cet événement organisé dans la station balnéaire de Charm el-Cheik, au bord de la mer Rouge, ont été tels qu'il était impossible de les ignorer, le plus fondamental étant peut-être l'accessibilité. Par ailleurs, la COP a été marquée par les appels à libérer le prisonnier politique égyptien Alaa Abdel Fattah, qui a arrêté sa grève de la faim en début de semaine. "Ailleurs à Charm el-Cheik, ce fut une COP silencieuse et effrayante pour de nombreux militants. L'héritage de ceux qui luttent pour l'espace civique et les droits de l'homme perdurera", souligne Laurence Tubiana.

Prochain arrêt : la COP15 Nature

La décision ne fait pas de référence à la COP15 sur la biodiversité. Cette conférence, qui aura lieu du 5 au 17 décembre à Montréal, doit dessiner un nouveau cadre global pour tenter de mettre fin, d'ici à 2030, à la destruction des écosystèmes. L'occasion pour les dirigeants mondiaux de se rassembler pour accepter un accord mondial ambitieux pour la nature. "Après deux ans de report à cause de la pandémie de Covid-19, l'enjeu est majeur, aucun des précédents objectifs globaux portant sur la période 2010-2020 n'a été atteint et la pression sur les milieux naturels ne cesse de s'accroître", souligne l'ONU.