C'est peu dire que la négociation climatique internationale, la COP 27, qui s'ouvrira à Charm el-Cheikh, en Egypte, le 6 novembre prochain, ne suscite guère d'attentes. Et pour cause, chacun a en tête les déclarations triomphalistes, à l'issue de la COP 26 de Glasgow, de 26 nations et autres institutions internationales les plus riches qui s'engageaient à ne plus financer de projets internationaux liés aux combustibles fossiles. Quelques mois plus tard, les mêmes pays européens faisaient la tournée du Moyen-Orient pour négocier des contrats de gaz naturel liquéfié pour remplacer le gaz russe, et la Commission européenne passait un accord avec les Etats-Unis pour la fourniture de 15 millions de mètres cubes de gaz supplémentaires.

Certes, ici et là, on met une petite touche de vert : l'Allemagne a signé des contrats d'importation d'un hydrogène vert qui, à y regarder de plus près, a de fortes nuances de bleu... Mais chacun verra dans cette volte-face le décès du lead by example, la politique qui visait à faire de l'Europe le modèle de la transition énergétique maîtrisée. Dans ces conditions, on ne s'étonnera pas que, des quatre points mis à l'agenda de la Conférence par la présidence égyptienne - actions de réduction des émissions par les pays riches, collaboration internationale, transferts financiers du Nord vers le Sud et adaptation face au changement climatique -, le dernier soit particulièrement mis à l'honneur. De fait, bien que ne représentant que 3,3 % du cumul des émissions mondiales de CO2 ou équivalent à ce jour, l'Afrique est et sera le principal continent touché par la crise climatique. L'adaptation y est urgente.

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Reste qu'il faut reparler du rôle du gaz pour la transition énergétique en Afrique. Le chef de la lutte contre le changement climatique à l'ONU, Simon Stiell, souhaite faire de cette COP un "moment de vérité" pour la communauté internationale. Chiche ! Disons la vérité : empêcher le développement du gaz en Afrique, c'est empêcher le développement du continent. Et l'Europe, concernée au premier chef par la croissance africaine du fait des risques migratoires associés à une persistance de la pauvreté en Afrique, devrait être la première à en tirer les conséquences.

Oui, il faut développer massivement les énergies renouvelables en Afrique, sachant que, d'ores et déjà, des pays comme le Kenya, l'Ethiopie et l'Ouganda produisent plus de 80 % de leur électricité à partir d'énergies renouvelables. Oui, même dans les pays disposant d'importantes ressources en gaz, les énergies renouvelables seront dominantes. Le plan énergétique national 2060 du Nigeria, par exemple, prévoit 200 gigawatts de capacité solaire contre 10 gigawatts de nouvelle capacité gazière.

Le 100% renouvelable n'est pas une option

Mais, en Afrique encore moins qu'ailleurs, le pari du 100 % renouvelables n'est pas une option. Et, quand bien même l'Afrique subsaharienne (hors l'Afrique du Sud) triplerait sa consommation d'électricité du jour au lendemain en utilisant uniquement du gaz, les émissions supplémentaires ne représenteraient que 0,62 % des émissions mondiales. L'Afrique a besoin du gaz pour son industrie et en soutien des renouvelables. Plutôt que de financer des projets gaziers dans des pays européens qui renoncent au nucléaire ou des panneaux solaires dans le nord de l'Europe, c'est en Afrique que ces milliards devraient être dépensés en toute rationalité énergétique, climatique et économique.

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Ecoutons le Prix Nobel d'économie Jean Tirole dans son Economie du bien commun : "Les Etats dépensent parfois jusqu'à 1 000 euros par tonne de carbone évitée (c'est le cas de l'Allemagne, pays peu ensoleillé, avec l'installation de systèmes photovoltaïques de première génération), alors que d'autres émissions pourraient être réduites pour un coût de 10 euros par tonne. Une politique qu'une grande majorité d'observateurs qualifie d'écologique, mais qui ne l'est pas vraiment : pour le même coût, on aurait pu réduire les émissions de 100 tonnes au lieu d'une seule !"

On peut attaquer en justice des banques comme BNP Paribas pour financement de projets gaziers ou stigmatiser TotalEnergies pour le développement de tels projets en Afrique. Mais avouons que cette intelligentsia environnementaliste d'abord motivée par l'anticapitalisme qui préfère à nouveau "avoir tort avec Sartre que raison avec Aron" ne sert nullement la cause climatique, encore moins celle de la transition juste.