Média de la mobilité par excellence, la radio a vu ses audiences fortement affectées par les changements d'habitudes des Français à l'issue du confinement, selon le baromètre publié ce jeudi par Médiamétrie. Médiamétrie n'avait pas pu mesurer ces audiences pendant le confinement. L'institut prévient que les résultats publiés jeudi, mesurés du 11 mai au 5 juillet, "ne sont pas comparables à ceux des vagues précédentes" de l'étude, le quotidien des Français ayant été "bouleversé".

D'ordinaire, la moitié du volume d'écoute de la radio est réalisée hors domicile, dont une large part en voiture. Dans ce nouveau sondage, 71,1 % de personnes interrogées travaillaient le jour de l'interview, mais plus d'un quart travaillaient dans des conditions inhabituelles, en télétravail ou temps partiel. Résultat : les Français ont moins écouté la radio qu'avant le confinement. L'audience du média, qui était estimée à 42,3 millions de personnes, descend à 40,1 millions après le confinement.

"Les auditeurs se lèvent plus tard"

Les grandes radios perdent ainsi quelques dizaines de milliers d'auditeurs par rapport au sondage de janvier-mars 2020, avant le confinement : France Inter perd 1,5 point à 11,3 % d'audience cumulée, et RTL perd un point d'audience à 11,1 %. France Inter baisse notamment dans sa matinale et en fin d'après-midi, explique Dana Hastier, directrice des antennes et de la stratégie éditoriale à Radio France. "On n'a pas retrouvé les modes de vie d'avant et les matinales souffrent du décalage : les auditeurs se lèvent plus tard", déclare-t-elle.

Franceinfo, qui retrouve un très haut niveau à 8,1 % (+ 0,7), va rallonger sa matinale jusqu'à 9h30. Du côté de RTL, le matin marche bien mais c'est plutôt la fin d'après-midi qui baisse, explique Régis Ravanas, directeur Général des activités audio du groupe M6, le propriétaire de la radio. Cette baisse n'est que temporaire, selon lui. "Sur le mois de mai l'audience était très basse, mais fin juin-début juillet on revient presque à la normale", souligne Régis Ravanas.

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La radio du groupe M6 repasse d'ailleurs devant France Inter selon le critère de la part d'audience (PdA) -qui intègre le temps passé par les auditeurs sur chaque antenne- avec 13,4 % de PdA, soit un point d'avance sur sa concurrente publique. Europe 1 signe un nouveau plus bas historique à 4,5 % (- 0,9), soit 500 000 auditeurs perdus sur une vague. RMC progresse, au contraire, à 6,6 % (+ 0,2 point).

"Cette vague n'a rien à voir avec une vague normale, au point qu'elle ne sera pas utilisée par les régies et le marché publicitaire dans la commercialisation (de la publicité)", atténue-t-on du côté des Indés Radios. Le groupement de 130 stations indépendantes perd 1,1 point (- 600.000 auditeurs), à 14,4 % d'audience cumulée, soit un total de 7,8 millions d'auditeurs. Les changements d'habitudes des Français "impactent différemment les radios en fonction de leur structure d'audience", expliquent les Indés Radios.

France Bleu touchée malgré des records de consultation sur ses sites

Plus de la moitié de l'écoute des musicales est réalisée en mobilité et plus de la moitié de leur audience est composée d'actifs tandis que les radios généralistes comptent moins d'actifs dans leur audience et que moins d'un quart de leur écoute est réalisé en mobilité. France Bleu est aussi touchée et perd un point, à 5,3 %, malgré des records de consultation sur ses sites internet, avec ses pages d'information locale.

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France Culture reste très haut à 2,8 %. A la rentrée, Dana Hastier compte renforcer l'interactivité, l'éducation et le soutien à la scène musicale et la culture en général. "On a tenu compte de ce qu'on a tenté pendant cette période et qu'on avait envie de conserver", souligne la directrice des antennes et de la stratégie éditoriale à Radio France.

Les stations musicales ont aussi souffert de la mobilité réduite des Français, provoquée par le télétravail ou le chômage, la leader NRJ reculant à 8,2 (- 0,9), Skyrock à 6,5 (- 0,5), Nostalgie à 5,4 (- 0,5). Fun Radio reste stable à 4,2 % (- 0,1). RTL 2 (groupe M6) recule à 3,7 % (- 0,7). "RTL 2 est écoutée en mobilité par des cadres urbains : ils se sont confinés, elle a été affectée", explique Régis Ravanas.