C'est la tendance du moment : après la convocation de trois journalistes ayant participé à la première enquête publiée par le média d'investigation Disclose (un quatrième sera entendu le 28 mai prochain) par la DGSI, c'est au tour d'Ariane Chemin, grand reporter au quotidien Le Monde, d'être convoquée. Pour rappel, c'est le 18 juillet 2018 que la journaliste signe le premier article qui lancera l'affaire Benalla, intitulé : "Le Monde identifie, sur une vidéo, un collaborateur de Macron frappant un manifestant, le 1er mai, à Paris."
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Dans un édito paru ce mercredi, signé du directeur de la rédaction du Monde Luc Bronner, il est expliqué que la journaliste est convoquée le 29 mai prochain par "les policiers de la section des atteintes au secret de la défense nationale" de la DGSI. "Cette enquête vise nos articles sur les affaires d'Alexandre Benalla, notamment nos informations sur le profil d'un sous-officier de l'armée de l'air, Chokri Wakrim, compagnon de l'ex-cheffe de la sécurité de Matignon, Marie-Elodie Poitout. M. Wakrim était lié par un contrat de protection rapprochée avec un homme d'affaires russe, qui a conduit à l'ouverture d'une enquête pour 'corruption'."
Le statut d'une audition libre
Luc Bronner poursuit, affirmant que Le Monde maintient "évidemment" ses informations : "Nous [...] exprimons notre inquiétude sur cette convocation : l'intérêt public suppose de pouvoir enquêter sur les entourages et les liens entretenus par des collaborateurs de l'Elysée ou de Matignon, quels que soient leurs parcours antérieurs." Comme les journalistes ayant participé à cette grande enquête sur l'utilisation d'armes françaises au Yémen pour Disclose, Ariane Chemin sera entendue sous le statut d'une "audition libre". Ce qui est "d'autant plus préoccupant", juge Luc Bronner.
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Dans le cadre de l'affaire Benalla, et d'une enquête du parquet de Paris pour "atteinte à l'intimité de la vie privée" et "détention illicite d'appareils visant à intercepter des télécommunications ou des conversations", le site d'investigation Mediapart a également vécu une tentative de perquisition le 4 février dernier.
Dans les enregistrements publiés sur le site d'Edwy Plenel, on pouvait entendre Alexandre Benalla se féliciter du soutien sans faille du président Emmanuel Macron. "Truc de dingue, le 'patron' [Emmanuel Macron] hier soir il m'envoie un message, il me dit : 'Tu vas les bouffer. Tu es plus fort qu'eux, c'est pour ça que je t'avais auprès de moi."
