L'annonce a été faite en toute discrétion - mais depuis, la polémique ne cesse d'enfler. A compter du 10 juillet (et jusqu'au 1er novembre), le Ministère de l'Immigration, de la diversité et de l'inclusion du Québec (MIDI) a suspendu la réception des demandes d'immigration permanente du volet "Diplômés du Québec" du Programme de l'expérience québécoise (PEQ). Ce dispositif, mis en place en 2010, est un programme accéléré de sélection des travailleurs qualifiés qui permet d'obtenir un Certificat de sélection du Québec en vue de la résidence permanente. Cette voie parallèle a le double avantage de n'être soumise à aucun quota et de ne pas fonctionner sur un système de grille de points. La seule exigence ? Démontrer un bon niveau de français oral.

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"Cette décision vise à donner la priorité à la sélection de personnes qui occupent un emploi au Québec au cours de cette période", précise le ministère, qui ajoute qu'il est "toujours possible pour les diplômés du Québec qui souhaitent y demeurer de faire une demande de permis de travail post-diplôme auprès du gouvernement du Canada." A noter que les diplômés qui disposent d'un permis de travail valide en date du 10 juillet et qui expire avant le 1er novembre ne sont pas concernés par cette mesure suspensive. Le volet "travailleurs étrangers temporaires" du PEQ est lui aussi maintenu à l'identique.

Une décision jugée "aberrante"

Depuis l'annonce gouvernementale, les réactions d'incompréhension se multiplient, aussi bien chez les leaders politiques que chez les représentants des étudiants, qui jugent cette décision "aberrante". "Il n'y a pas de meilleurs candidats à l'immigration que les jeunes gens qui ont été formés dans nos universités et collèges, qui vivent en terre québécoise depuis de nombreuses années et qui ont déjà un réseau professionnel et amical québécois", écrivent ainsi dans le journal La Presse Daye Diallo, président de Force Jeunesse, Philippe Lebel, président de l'Union étudiante du Québec et Philippe Clément, président de la Fédération étudiante collégiale du Québec. "Même si la mesure annoncée par le MIDI est, selon ses dires, temporaire, quel message lançons-nous à ces milliers de jeunes qui veulent s'installer au Québec pour y construire leur avenir et le nôtre dans la même lancée ?"

Pour les étudiants étrangers et leurs proches, c'est également la douche froide. "Monsieur le Premier ministre, François Legault : nous avons étudié au Québec, appris sa langue et adopté cette nation comme la nôtre. Pourquoi votre gouvernement nous expulse-t-il du PEQ jusqu'à novembre, sans préavis, en nous faisant ainsi tomber dans l'incertitude ?", lance ainsi sur Twitter Sebastián Vielmas, originaire du Chili et "Québécois d'adoption".

"Mon amoureuse fait partie des gens touchés par la suspension du PEQ, confie dans une tribune du Devoir Lucas Hubert, candidat à la maîtrise en philosophie à l'Université Laval (...). Me voilà donc, au Québec, en 2019, à devoir me battre pour que le gouvernement ne m'arrache pas à la femme que j'aime. (...) Espérons que le ministre de l'Inclusion revienne à la raison et admette que le PEQ est l'un des programmes d'immigration ayant le plus haut taux de succès au Québec. Il est absurde d'attirer des étudiants étrangers, de les former, puis de les retourner d'où ils viennent sans autre forme de procès même s'ils désirent rester. C'est comme si le gouvernement souhaitait artificiellement créer un exode des cerveaux."