C'est une nouvelle étape qui se profile à l'horizon linguistique canadien. "Pour la première fois, nous reconnaissons la nécessité d'une égalité réelle des langues officielles et que le gouvernement fédéral doit faire davantage pour protéger et promouvoir le français", déclare Mélanie Joly, ministre du Développement économique et des langues officielles du Canada, qui a dévoilé en février dernier un livre blanc en vue de la modernisation de la Loi sur les langues officielles (LLO) de 1969.
Plusieurs régimes linguistiques
Depuis cette date, la loi garantit l'égalité de l'anglais et du français dans les institutions du gouvernement fédéral, au Parlement et dans les tribunaux fédéraux, de même que le droit d'y communiquer et d'y être reçu dans la langue officielle de son choix. Du moins en théorie, puisque des manquements sont régulièrement signalés... En outre, les Canadiens sont encore loin d'être tous bilingues : à peine 18 % en 2016, selon Statistique Canada. Et c'était davantage le fait des francophones du Québec que des anglophones dans le reste du pays...
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Pis, dans ce vaste pays où cohabitent divers régimes linguistiques provinciaux le Québec, par exemple, est l'unique province dont la seule langue officielle est le français et le Nouveau-Brunswick reste la seule à s'être déclarée officiellement bilingue l'usage du français perd du terrain et le poids démographique des francophones (environ 8 millions) diminue. Pour renverser la tendance, Mélanie Joly veut renforcer l'immigration francophone venant de l'extérieur du Québec, notamment celle des enseignants. "Partout dans le pays, il existe un engouement des parents pour envoyer leurs enfants à l'école d'immersion française, mais il y a un manque de professeurs", relève la ministre.
Autre axe, assurer le droit de travailler en français dans les 18 000 entreprises privées sous juridiction fédérale, qu'on retrouve dans le transport, la banque ou les télécoms. Bilinguisme des juges à la Cour suprême, rôle de Radio-Canada, pouvoirs du Commissaire aux langues officielles... sont autant d'autres domaines visés par la réforme de la LLO. Reste que ce chantier n'en est qu'au stade des intentions et n'est pas encore un projet de loi. Le dépôt d'un texte reste suspendu au calendrier politique. "Va-t-il y avoir une réforme avant les prochaines élections fédérales ? J'en doute...", déclare Daniel Béland, directeur de l'Institut d'études canadiennes de l'Université McGill. "Il faudrait que le Parti libéral du Canada (dont est issu l'actuel Premier ministre, Justin Trudeau) les remporte, car les conservateurs sont moins attachés au bilinguisme officiel", analyse ce politologue. Quant à la date du scrutin, elle reste incertaine à ce jour...
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Au Québec, une loi pour muscler la protection du français
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