La science-fiction ne fait pas qu'imaginer des mondes, elle inspire -parfois de manière déroutante-, les avancées technologiques qui accompagnent les mutations de nos sociétés. Ce dialogue entre culture scientifique et créativité fait toute l'originalité des Utopiales, qui se déroulent à Nantes -cité de naissance de Jules Verne- du 30 octobre au 4 novembre.
En à peine plus d'une décennie, cette manifestation hors-norme à la frontière de l'art et de la science s'est imposée comme un incontournable du tempo international des festivals de science-fiction. Plus de 200 invités et un phénomène de haute concentration de signatures prestigieuses: les auteurs Alejandro Jodorowsky, Pierre Bordage, Ayerdhal, Orson Scott Card, Max Brooks, le philosophe Michel Serres ou l'astrophysicien André Brahic pour ne citer qu'eux.
"La science-fiction défriche les terrains de l'imaginaire"
Autour de la thématique Autre(s) Monde(s), la 14e édition de l'événement propose une programmation qui aborde toutes les expressions de la science-fiction: littérature, bande dessinée, cinéma, architecture, arts visuels, jeux vidéo, mais aussi un think tank sur la littérature numérique et des conférences scientifiques de haute volée. "La science-fiction défriche les terrains de l'imaginaire", résume Ugo Bellagamba, délégué artistique des Utopiales. "Pour continuer dans la métaphore agricole, la science-fiction prépare les terres qui seront ensemencées par la science", s'amuse cet universitaire spécialiste de l'histoire du droit et lui-même auteur de SF.
Point de vue partagé par Roland Lehoucq, astrophysicien du CEA qui a pris la succession de l'écrivain Pierre Bordage à la tête du festival. "La science-fiction est une zone d'interaction entre l'imaginaire débridé envisagé de manière rationnelle et la science dans sa dimension spéculative mais plausible", explique-t-il. Vaste sujet. Pour ne pas s'y perdre, il a fait appel au philosophe Michel Serres ainsi qu'à d'éminentes personnalités scientifiques afin de dialoguer avec les auteurs et le grand public. Entre approche rigoureuse et humour, un cycle de 100 conférences associe sciences et littérature pour débattre du droit des robots, de la possibilité de coloniser l'espace, de l'avenir de la chimie verte ou se demander si les zombies sont vraiment nos meilleurs amis, en présence de Max Brooks spécialiste du genre et auteur de World War Z. Analyse clinique et second degré garantis.
Même l'INSERM et le CEA, qui feront part des avancées technologiques de la recherche censées bousculer le quotidien de demain, se prêtent au jeu de l'imagination. "L'idée du thème Autre(s) monde(s), au pluriel, est de s'intéresser au futur bien entendu, mais au futur proche, celui des 20, 30, 50 années à venir et de se demander quels sont les mondes réalisables de demain pour sortir du misérabilisme ambiant et de la vision unique de l'avenir, dans un esprit à la Jules Verne", précise Ugo Bellagamba.
Utopies vertes, Citoyens du futur et Aventures lointaines...
"Utopies vertes", "Citoyens du futur", "Aventures lointaines"... Quelques fils rouges thématiques sont quand même tendus pour guider le visiteur qui risque d'avoir le tournis, entre une compétition internationale de films, onze expositions, des remises de prix littéraires, des parcours jeunesse, une section bande dessinée, des espaces dédiés aux mangas et au cosplay.
Ainsi qu'une nette mise en valeur des jeux vidéos qu'Ugo Bellagamba justifie: "Dans les années 40-50, les écrivains étaient fascinés par les avancées technologiques. Dans les années 80, la question des réseaux et de l'écologie était dominante dans leurs oeuvres. Désormais, la nouvelle génération d'auteurs et de créateurs est fortement influencée par le jeu vidéo. C'est dans la logique de l'air du temps". Les Utopiales font donc le tour du sujet à 360 degrés, pour familiariser le public le plus large aux cultures multiples de la science-fiction, "avec une petite injection de sciences tout court au passage", conclut Roland Lehoucq.
