"J'ai relu récemment, à l'occasion de son entrée au Panthéon, L'anthologie poétique d'Aimé Césaire (Imprimerie nationale). Elle contient à la fois sa poésie et son Cahier d'un retour au pays natal. J'aime autant ses poèmes très politiques et "identitaires" comme "Moi, laminaire...." que ses tout petits poèmes telle "La chanson de l'hippocampe". Sa langue est un tambour. Sa musique est parfois violente; ce sont des textes de combat. Avant d'être un intellectuel, avant d'être un homme politique, Aimé Césaire fut un rebelle. C'est un homme universel, avec une vision universelle. Tous les sujets de l'actualité de nos sociétés contemporaines sont déjà présents en 1939 dans son Discours sur le colonialisme, qui peut être critiquable à certains égards car c'est un texte d'une grande violence, mais qui n'en reste pas moins d'une grande modernité.
J'ai adoré Papa was not a Rolling Stone de Sylvie Ohayon, qui vient d'obtenir le prix de la Closerie des Lilas. Un premier roman autobiographique, fin, drôle... L'auteur raconte son enfance à la cité des 4000 à La Courneuve jusqu'à son arrivée dans le monde de la publicité, du luxe et des sacs Chanel! La beauté de ce livre vient de ce que Sylvie Ohayon ne cesse jamais de porter un regard bienveillant sur elle-même.
Par ailleurs, je lis et relis en permanence les romantiques anglais : Wordsworth, dont Le prélude est mon livre de chevet depuis plus de quinze ans, ou Keats, qui disait : "La seule façon de renforcer notre intelligence est de n'avoir d'idées arrêtées sur rien, de laisser l'esprit accueillir toutes les pensées." C'est le poète de la terre, il convoque les éléments en permanence, des sensations liées à l'atmosphère. J'apprécie particulièrement de lui Ode to a Nightingale et Ode on Melancholy : moi qui ne suis pas du tout mélancolique dans la vie, j'adore retrouver ce sentiment à travers la littérature, le cinéma, la musique."