Confiné à Paris, le Vendéen est un lecteur assidu, aux inspirations éclectiques : François Cheng, Yves Viollier, Mona Ozouf, Roger Scruton. Mais chez le Sénateur Les Républicains, la politique n'est jamais très loin, comme lorsqu'il conseille de relire Tocqueville, ou de ne surtout pas lire... Révolution d'Emmanuel Macron.

L'Express : Pouvez-vous décrire l'endroit où vous lisez en cette période de confinement ?

Bruno Retailleau : Le plus souvent dans mon bureau, ayant l'habitude d'annoter ce que je lis, mais également dans ma chambre quand j'ai des insomnies.

Que lisez-vous en ce moment ?

Je termine Enfin le Royaume de François Cheng, mon auteur préféré, qui regroupe de sublimes quatrains. Je viens de lire également un magnifique ouvrage, Louise des Ombrages, le dernier livre d'Yves Viollier, un écrivain vendéen qui est aussi un ami, et celui de Mona Ozouf, Pour rendre la vie plus légère, d'une grande actualité. Car ce "don simple d'acquiescement à la vie" qu'évoque l'historienne prend une dimension particulière dans ce moment de gravité, cette assignation à résidence qui nous est imposée par les nécessités.

LIRE AUSSI >> Mona Ozouf, ses lectures pour rendre la vie plus légère

Celui que vous aimeriez relire?

De la Démocratie en Amérique. Car la gestion souvent chaotique de cette crise sanitaire révèle aussi ce que Tocqueville redoutait : les dégâts causés par ce pouvoir "immense et tutélaire" d'un Etat qui, alors qu'il multiplie les incursions dans la vie de chacun, aura négligé la protection qu'il doit à tous.

Alexis de Tocqueville par Théodore Chassériau (1850)

Alexis de Tocqueville par Théodore Chassériau (1850)

© / Wikimedia Commons

Celui que vous déconseillez fortement ?

Si j'étais taquin, je dirais Révolution d'Emmanuel Macron ! Plus sérieusement, je crois que ce que nous vivons signe la défaite intellectuelle du progressisme. Elu sur un projet célébrant le marché, la mondialisation heureuse et l'individu, Emmanuel Macron est contraint, dans la crise, de parler de nation, de frontière, de solidarité. Ce retournement sémantique marque l'effondrement idéologique du progressisme.

Quel essai pourrait, selon vous, être utile aux lecteurs en cette période de crise?

Je leur conseillerais de lire l'oeuvre de Sir Roger Scruton, le plus français des philosophes britanniques, qui nous a quittés en janvier dernier. Philosophe du politique, passionné d'esthétique, aussi à l'aise pour décrire les robes des grands crus de Bourgogne que pour déconstruire les théories fumeuses de la "nouvelle gauche", Roger Scruton incarne pour moi la "vie bonne", complète, emplie de paysages extérieurs et intérieurs. Peut-être nos existences diminuées par le confinement sont l'occasion de redécouvrir cette densité de vie à laquelle nous sommes tous appelés.

Quel livre, qui vous a marqué enfant, recommandez-vous chaudement aux parents désireux d'occuper leur progéniture ?

Le Seigneur des Anneaux, de J.R.R Tolkien. Parce que la chose la plus importante à enseigner, c'est cette capacité à s'élever au-dessus de soi-même, au service d'une cause, d'un idéal. Cet héroïsme du coeur, qu'incarnent si bien les hobbits de Tolkien, n'est pas l'apanage des forts. Au contraire car au bout du chemin, sur la Montagne du Destin, éclate cette vérité : de la plus petite des existences peut jaillir la plus grande des espérances.

La "Peste" de Camus ou "L'amour aux temps du choléra" de Gabriel Garcia Marquez ?

Camus. Pour son attachement indéfectible à la liberté. Mais une liberté exigeante, consciente de ses propres limites. Parce qu'un homme, "ça s'empêche" disait-il. Retrouver le sens des limites, de la mesure : tel est, je le crois, la condition pour un vrai progrès, authentiquement humain.

LIRE AUSSI >> Les choix de Jean-Louis Bourlanges :"Cesser de picorer, privilégier l'exhaustivité"