Dépassé, le livre ? Menacé par les séries télé et les réseaux sociaux ? Que nenni ! En témoigne la passion croissante que suscite la lecture à voix haute. Du Livre sur la place de Nancy aux Correspondances de Manosque, de la Foire de Brive au Marathon des mots de Toulouse en passant par Livre Paris et le Printemps des poètes, il n'est (quasiment) plus une seule manifestation littéraire qui n'affiche désormais l'exercice à son programme, avec l'assurance de faire salle comble.

Même les médiathèques, les bibliothèques, les librairies s'y sont mises. Sans oublier les manifestations dédiées, telles Les Petits Champions de la lecture, Lire en fête, ou encore la Nuit de la lecture. Organisée par le ministère de la Culture, celle-ci avait rallié quelque 450 000 participants dans près de 2 500 lieux en 2019. Nul doute que sa 4e édition, le week-end du 18 janvier, est promise au même succès avec plus de 5 000 animations gratuites pour tous les âges. Partenaire de l'événement, L'Express proposera ce samedi-là la lecture d'extraits de 10 romans de la rentrée littéraire d'hiver par Christophe Barbier aux Archives nationales de Paris, ainsi que des visites privées des grands dépôts de l'institution - inscriptions à nuitdelalecture@lexpress.fr.

Affiche de la 4e Nuit de la lecture dont L'Express est partenaire.

Affiche de la 4e Nuit de la lecture dont L'Express est partenaire.

/ © Ministère de la Culture

Besoin de convivialité ? Nostalgie des veillées de l'enfance et des histoires du soir ? Envie de renouer avec la magie des mots choisis ? Le public en redemande, séduit par cette façon de faire vivre l'écrit, de le rendre plus accessible aussi. "Voilà vingt-cinq ans que je pratique la lecture à voix haute, depuis mes débuts au théâtre, comme une sorte d'entraînement, une ébauche, nous confiait l'écrivain Laurent Gaudé, président du Prix des lecteurs de L'Express/BFM TV 2020, qui sera décerné en juin. Je suis très content qu'elle se soit invitée dans les festivals littéraires car je l'apprécie également en tant que spectateur : c'est une façon extraordinaire de nous inviter à entrer dans un texte. J'en ai fait l'expérience avec Claude Simon, dont le style est souvent compliqué, nourri de longues phrases. Mais le comédien avait sérieusement travaillé et j'ai le souvenir d'une lecture formidable qui faisait ressortir la fluidité de la pensée. J'aime beaucoup l'émotion du corps qui lit, de la voix, qui amène du muscle."

Christine Angot, inoubliable lectrice de sa prose singulière

Certes la pratique remonte à loin, quand la littérature était déclamée sur les places publiques, dans les rues, de l'Antiquité au Moyen Age. Elle a perduré dans les salons, les monastères et même dans les usines. Mais la radio, la télévision et l'enseignement ont eu le dessus et la France s'est tue - contrairement aux pays anglo-saxons. Jusqu'à ce que Fabrice Luchini rallume la flamme auprès du grand public, en 1986, avec sa façon inimitable de déclamer le verbe célinien. Si nombre de comédiens lui ont emboîté le pas - de Dominique Blanc à Patrice Chéreau, de Guillaume Gallienne à Mathieu Amalric, etc. -, les écrivains ne sont pas en reste pour lire leurs propres textes. A commencer par Christine Angot, mémorable oratrice de sa prose singulière. "Lire à haute voix, c'est l'art de prendre la parole en public pour interpréter un roman, une nouvelle, un poème, une correspondance... A l'instar du musicien soliste, le lecteur choisit "des morceaux de littérature" qu'il travaille comme une étude sonore", indiquent sur leur site Les Livreurs, association de lecteurs professionnels fondée en 1998 et très active. De quoi inciter les amateurs à donner de la voix à leur tour, et les autres à apprendre à "écouter lire".