«Je crois que ce qui compte, dans la lecture, c'est ce qu'un livre nous laisse, nous apporte. J'ai fait de la philosophie, il y a bien longtemps. Lorsque j'ai commencé à travailler sur Flandres, j'ai certainement été influencé par Platon et Schopenhauer, qui constatent l'impossibilité dans la réalité d'une quelconque vérité. Comme eux, à mon niveau, j'essaye avec les instruments du cinéma de chercher la vérité au-delà des apparences, je cherche à atteindre la simplicité. En revanche, je suis sceptique sur toute la sociologie contemporaine, basée sur la constatation et la comptabilisation des faits. Si je suis inspiré par des livres, c'est peut-être davantage par des livres de peintres. Mais, je lis très peu de romans, encore moins des contemporains. Mais, récemment, j'ai découvert Dieu Jr. de Dennis Cooper. Cet écrivain américain raconte l'histoire d'un homme qui vient de perdre son fils de dix-sept ans dans un accident. Reclus dans la culpabilité, il va alors dans la chambre de son fils et reprend la partie de jeu vidéo que l'adolescent avait commencée, et construit à partir de celle-ci un mausolée dans le jardin. Je reconnais une virtuosité dans le rapport de ce père au monde du jeu vidéo. Mais on reste dans la démarche volontaire, le concept. Par contre, j'ai été absolument bouleversé par tous les passages où il ne se passe rien, et où l'on ressent le désarroi du père. Dans ces moments-là, je dois dire que j'ai été impressionné. Je parlais tout à l'heure de la quête de simplicité: Dennis Cooper l'a trouvée.»
* Réalisateur de L'humanité et Flandres (Grand prix du jury - Cannes 2006)