"J'ai depuis quelque temps perdu l'appétit pour le roman et me jette plus volontiers sur les essais - avec une seule exception : R.J. Ellory. Je viens de finir Les anonymes, qui m'ont fait le même effet que Vendetta. Je suis toujours sidéré par la puissance de sa narration, par la subtilité psychologique de ses personnages. Comme tous les grands auteurs, Ellory est capable de me prendre par la main pour ne plus me lâcher. Et je retrouve avec lui la jouissance de mes premières lectures, d'Alexandre Dumas à San-Antonio.
Je dévore actuellement l'ouvrage d'un certain Frédéric Schiffter, Philosophie sentimentale, qui fait ma joie. C'est pourtant le livre le plus déprimant qui soit, qui ferait presque passer Cioran pour un gai luron ! Schiffter est un homme qui ne croit en rien, qui a dissipé les illusions et les paraboles métaphysiques, sans pour autant devenir un vieux grincheux, fâché avec la vie. Car on peut être mélancolique, désespéré par le cours des choses, et ne pas oublier de parler du plaisir ! De façon plus générale, j'aime ces livres qui osent s'attaquer aux thèmes qui nous font peur, notamment la mort - il faut relire pour cela l'excellent Rien à craindre de Julian Barnes.
Dans le même registre, j'ai récemment terminé un essai de l'Anglais Christopher Hitchens baptisé Dieu n'est pas grand : comment la religion empoisonne tout, soit le démontage en règle, drôle et incisif, de toutes les formes de religiosité. C'est malheureusement le seul ouvrage traduit en français de cet auteur, qui est, selon moi, l'un des plus brillants penseurs actuels. Chacune de ses phrases respire l'intelligence, et on sort de cette lecture avec l'impression rare d'avoir fait des progrès..."