C'est la première génération réellement multimodale. Voici, en substance, le constat de l'étude Movin'On menée par Kantar qui s'intéresse aux habitudes de mobilité des 18-34 ans. En ciblant les jeunes urbains - étudiants ou actifs - des deux côtés de l'Atlantique (Etats-Unis, Canada et Europe), elle dresse un état des lieux des modes de déplacement empruntés au quotidien. Que ce soit à Paris, Nantes, Madrid, Montréal, New York ou encore Seattle, les jeunes ne s'interdisent rien et optent pour la solution la plus simple et la moins coûteuse à l'instant T. Marche, vélo, bus, métro, transports partagés... tout est permis. Selon l'étude, parmi cette génération, ils sont 56 % à ne pas utiliser la voiture, ou de manière très occasionnelle, tandis que ce chiffre tombe à moins de 45 % pour les générations précédentes.

Raison de plus pour Movin'On* de s'intéresser aux aspirations de cette nouvelle génération. "Les jeunes ont accès avec plus de facilité que leurs aînés aux différents modes de transports grâce aux applications, souligne Guillaume Saint, expert mobilité chez Kantar. On observe aussi qu'ils ont un côté très pragmatique et pas si idéaliste que ça. Certes, entre deux solutions, ils vont prioriser ce qui est durable, mais ce qui entre avant tout en ligne de compte, c'est le rapport coût-efficacité-temps."

La voiture, un marqueur social

Ainsi, l'étude révèle que la voiture, bien que moins utilisée, est loin d'être diabolisée. 32 % des 18-34 ans estiment que c'est important d'en posséder une et 23,3 % en conduisent même régulièrement. Avec une vraie différence entre l'Europe (16,3 %) et les Etats-Unis ou le Canada (38,4 %), deux pays où le maillage des transports en commun est beaucoup moins dense que chez nous... et où le rapport aux distances diffère. La voiture conserve donc une image statutaire et d'autonomie mais son recours est beaucoup moins systématique que pour les générations précédentes. A cela, il y a évidemment une question de budget, les jeunes n'ayant pas encore les moyens d'acquérir un véhicule. Mais ce n'est pas l'unique raison.

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"La multimodalité (emploi de plusieurs modes de transport différents entre deux lieux, NDLR) des jeunes n'est qu'en partie subie. Ils ne repoussent pas la voiture mais son usage non raisonné, précise Guillaume Saint. Cela reste un symbole de liberté mais ils ont conscience qu'il faut une voiture verte. Leur appétit pour des véhicules électriques est bien supérieur à celui des autres générations. Et ils ne sont pas particulièrement attachés à la propriété. Acheter ou louer, peu leur importe, tant que c'est disponible quand ils en ont besoin."

Cette agilité dans les choix de mobilité n'a jamais été aussi grande et devrait s'inscrire dans le temps, venant bouleverser l'organisation actuelle des réseaux urbains. "La question de la connexion entre les différents modes de transport est fondamentale, affirme Pierre-Olivier Desmurs, directeur monde Rail & Transit chez Accenture. Jusqu'à présent, les grandes métropoles se sont structurées avec d'énormes points d'interconnexion comme le hub de la Gare du Nord à Paris. Désormais, la question n'est plus de penser en termes de flux figés mais d'espaces temporels d'échanges. Concrètement, il s'agit non seulement d'adapter gares et stations, mais aussi de créer des applis pour organiser les rencontres de manière plus flexible et hors les murs."

Des modes de transport complémentaires

Oubliés les arrêts de bus fixes, la géolocalisation et la vidéosurveillance vont permettre de créer - anonymement - des modèles prédictifs intelligents. "Ils seront capables, si vous voulez prendre les transports en commun, de vous suggérer de vous rendre 50 mètres plus loin à un croisement de rues, où le bus va passer et pourra accueillir plusieurs usagers réunis au même endroit au même moment", imagine Pierre-Olivier Desmurs.

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"Pendant des années, le monde du transport n'a pas suffisamment tenu compte des externalités négatives : la pollution, les gaz à effet de serre, le bruit..., reconnaît Erik Grab, en charge de l'anticipation stratégique et de l'innovation chez Michelin. Maintenant, il faut identifier les points de blocage qui empêchent le développement de mobilités réellement durables et travailler en écosystème afin de trouver des solutions de transport, dans l'intérêt de tous." Des transformations profondes nécessaires qui ne se feront pas sans l'implication des villes et pouvoirs publics mais aussi des grandes entreprises qui peuvent faire changer les choses en profondeur.

Rester flexible, pour le plaisir et la praticité

Fini l'opposition entre les différents modes de transport ! Primeur à la flexibilité et au respect de l'environnement. Le second volet de l'étude Movin'On, réalisée en pleine pandémie à l'automne 2020, pointe plus finement encore les aspirations écologiques des 18-34 ans. Si cette génération veut changer les choses, elle refuse cependant de renoncer à la notion de plaisir. Autant elle se déclare en faveur d'une vie quotidienne dans un rayon de quinze minutes autour de chez elle, autant elle aspire à découvrir le monde.

D'un côté, depuis les différents confinements et couvre-feux, les 18-34 ans remettent en question la nécessité de chaque déplacement. La vie de quartier a retrouvé grâce à leurs yeux. A la fois car cela permet d'opter pour des mobilités douces (marche, vélo, trottinette...) mais aussi parce que c'est une manière de soutenir l'économie locale.

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Mais en même temps, ils envisagent de voyager... Certes, moins souvent, mais plus longtemps. Plutôt que de prendre le train ou l'avion pour des vacances express, l'évolution des mentalités quant au télétravail pourrait permettre à cette nouvelle génération de profiter de quinze jours de repos à l'étranger associés à deux semaines de travail à distance au même endroit. Cette mobilité hybride, qui se ressent autant en Europe qu'en Amérique du Nord, permettrait de combiner de manière intelligente travail et loisirs, mobilité individuelle et collective. Tout est affaire de juste équilibre.

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*Movin'On, organisation indépendante et sans but lucratif, est un écosystème mondial qui vise à favoriser une mobilité durable. Pour y parvenir, elle compte sur la co-innovation issue de réflexions et d'initiatives menées conjointement par les pouvoirs publics, les entreprises (Michelin, Accenture, CGI, Microsoft...) et les représentants de la société civile.

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