Un rayon de soleil danse dans le salon. Des rires d'enfants passent par les fenêtres du mas ariégeois. Ramïn Farhangi détourne le regard de la liste de courses des 17 adultes et 7 enfants de sa communauté. "Nous vivons en mettant nos ressources en commun" (certains touchant le RSA, d'autres étant rentiers), explique le cofondateur de l'écovillage de Pourgues. Dans son ancienne vie, Ramïn vivait à Paris, où il occupait un poste de consultant, avec un salaire à six chiffres et un appartement de standing. Ici, ses journées sont rythmées par l'entretien du mas, les temps de démocratie directe et les cultures bio.
De tels écolieux essaiment dans l'Hexagone. Marie Demanesse, coordinatrice du Réseau national des collectivités pour l'habitat participatif, en dénombre 600, "et plusieurs centaines de projets sont en cours", précise-t-elle. Près de 60% des Franciliens envisagent ainsi de quitter Paris avant tout pour un environnement plus proche de la nature*. Leur motivation ? Une meilleure qualité de vie. Mais, conscients du principal écueil d'une vie campagnarde - l'isolement -, d'aucuns choisissent la vie en collectivité. Cadres, ingénieurs, chercheurs, médecins rejoignent ou fondent des communautés où l'écologie est érigée en art de vivre.
Ecologie et vie en communauté
"Des milliers de personnes rêvent de tout quitter pour vivre en Ardèche avec des chèvres. Attention à cette image pastorale. C'est un changement fondamental et exigeant", prévient Yann Sourbier. Après quarante ans de pratique de la vie en groupe, l'homme est un pionnier. Dans les années 1980, il s'installe au Viel Audon, un hameau sur les bords de l'Ardèche déserté pendant un siècle et demi. "On a germé sur le compost soixante-huitard. On avait 20 ans en 1981 - la génération Mitterrand." Pendant quatre décennies, il défriche le terrain. Celui du sol comme celui des mentalités. "Je suis passé de hippie baba cool, de marginal, à patron et ingénieur [en 'arts de vivre']", explique-t-il.
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Aujourd'hui, les habitants du Viel Audon organisent des formations sur la transition écologique, accueillent des touristes et gèrent une ferme en polyculture-élevage. Autant d'activités qui dégagent un chiffre d'affaires annuel de 500 000 euros. "J'aime comparer le hameau à une start-up, avec son temps d'incubation, l'investissement qu'il requiert, et les profils qu'il attire, aussi : beaucoup de trentenaires, bac + 5, des gens en quête de sens, qui entrent en transition."
La crise sanitaire, un déclic
Quand certains plaquent tout, d'autres conservent leur job, avec quelques aménagements. "Le confinement et le télétravail ont servi de déclic", confirme Mathieu Labonne, président de la coopérative Oasis, sorte d'incubateur d'écolieux. Depuis dix-huit mois, il est lui-même passé de la théorie à la pratique en fondant l'écohameau du Plessis, en Eure-et-Loir, où il vit avec sa femme et leurs trois enfants. A terme, 28 familles, chacune propriétaire de sa maison, partageront les jardins, la buanderie, une chambre d'ami, un atelier et un nouveau mode de vie.
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Après sept ans d'expatriation à Tokyo, c'est ici que Loïc et Emmanuelle Leruste, respectivement ingénieur photovoltaïque et directrice d'école Montessori, ont décidé de s'installer avec leurs deux filles. "Alimentation bio, réduction de nos déchets, mobilité douce..., on avait l'impression d'avoir atteint les limites de ce qu'on pouvait mettre en place, explique Emmanuelle. Loïc et moi sommes des idéalistes, on veut changer le monde, tous les jours à travers nos emplois et notre façon de vivre. La volonté, ce n'est pas de s'enfermer dans un collectif, mais d'être dans la société, de lui apporter et d'en apprendre. Par l'exemple et la communication, on sème des graines. Et à plusieurs, on peut aller beaucoup plus loin."
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4 écovillages
Le plus amical. Quand d'anciens colocs de banlieue parisienne achètent un moulin et le retapent, ça donne le Moulin bleu, à Saint-Jean-Froidmentel (Loir-et-Cher) : un lieu de vie, d'expérimentation, de développement d'activités économiques et rurales... lemoulinbleu.org
Le plus pédago. Depuis 2018, le château du XVIIIe siècle du domaine de Forges (Seine-et-Marne) s'est transformé en "campus de la Transition", sur le modèle de l'établissement anglais Schumacher College, référence internationale pour l'enseignement de l'écologie. campus-transition.org
Le plus inclusif. En pleine campagne de financement participatif, L'Alterrecho sera un écolieu à Cagnes-sur-Mer conciliant ferme pédagogique, agriculture selon les principes de la permaculture, habitat partagé, formations et médiation équine. www.lalterrecho.org
Le plus perché. Longtemps abandonné, le hameau de Sainte-Camelle, en Ariège, accueille aujourd'hui un écovillage tourné vers "l'entraide et le faire-ensemble" et propose deux cabanes dans les arbres pour des séjours touristiques. saintecamelle.fr
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