Faire du neuf avec du vieux... On dirait une recette de grand-mère, mais c'est l'une des tendances les plus en vogue du moment ! Coup sur coup, J.M. Weston a présenté une collection de souliers vintage remis au goût du jour, Figaret Paris a lancé une ligne "à l'imparfait" composée de chemises de second choix sommeillant dans ses réserves et Diesel a réalisé une édition ponctuelle de 5 055 pièces à partir d'anciens modèles griffés 55DSL. Ces multiples exercices de style autour du recyclage - également appelé "up-cycling" - sont tout sauf un hasard. Chaque saison, depuis plusieurs années, le secteur du textile-habillement se fait épingler pour pousser à la consommation. Selon l'Agence européenne pour l'environnement, la quantité de vêtements achetés au sein de l'Union aurait augmenté de 40% entre 1996 et 2012.
Par ailleurs, le même organisme avance qu'un tiers de la garde-robe de tout un chacun en Europe dort dans les placards. Ainsi, nul ne s'étonnera que quelques Suédois aient lancé, à l'automne dernier, le mouvement #köpskam (honte de faire du shopping) après s'être érigés contre le trafic aérien #flygskam au printemps 2019.

Défilé Zegna, collection printemps-été 2020
© / Défilé Zegna, collection printemps-été 2020
Production intégrée
Malheureusement, le textile-habillement n'a que le rayonnement planétaire de comparable avec celui de l'aviation civile. En vérité, c'est un secteur beaucoup plus complexe faisant appel à une multitude d'intervenants, de la fabrication des fibres à la confection des vêtements. Dans la mode masculine, Ermenegildo Zegna fait cependant figure d'exception avec un outil de production toujours intégré de A à Z. A l'aube des années 1970, ce tisseur a commencé par étendre son activité au prêt-à-porter : il est aujourd'hui le leader mondial du prêt-à-porter de luxe pour homme. Sa collection printemps-été 2020 s'intitule "Use The Existing" : une dizaine de silhouettes sont façonnées dans des étoffes recyclant ses propres rebuts, de la filature historique de Trivero aux ateliers de confection. Il y a même un costume en laine recomposée, "the Achill suit" (photo ci-dessous), qui porte le nom d'une ferme partenaire en Australie où la démarche circulaire de l'industriel italien est en vigueur dès la tonte des moutons.

Le costume "Achill" de Zegna
© / Le costume "Achill" de Zegna
Focus : Pionniers et puristes
Lamine Kouyate, alias Xuly Bët, a été un des premiers stylistes à s'intéresser au recyclage, à la fin des années 1980, en imaginant des collections mixtes à partir de fripes. Après une longue période d'absence des podiums, il a défilé en marge de la dernière Fashion Week parisienne avec une proposition plus d'actualité que jamais. On peut également citer sa consoeur parisienne Sakina M'Sa qui aime travailler des étoffes de seconde main depuis 1997. La Britannique Stella McCartney est également pionnière en la matière. Sa ligne pour homme de l'été 2020 utilise 64% de fibres recyclées. Plus jeune mais non moins écologiste et talentueux, Spencer Phipps a réalisé une partie de son vestiaire éponyme de la saison pour crapahuter au grand air, à partir de vieux stocks des établissements Millet, spécialiste français de l'outdoor (photo ci-dessous).

Phipps, collection printemps-été 2020
© / Phipps, collection printemps-été 2020
