"Ce qui est certain, c'est que cette pandémie et cet isolement nous auront tous trouvés plus ou moins prêts à vivre seul", estime la psychologue et psychanalyste Monique de Kermadec. C'est un fait, nous ne sommes pas tous égaux face au confinement. Il y a ceux qui vivent cet isolement au vert et au soleil, et ceux qui passent leurs journées entre quatre murs, avec fenêtre sur cour. Il y a aussi ceux qui le vivent en famille, en couple ou en coloc. Et ceux qui passent leurs journées seuls, face à eux-mêmes. S'il est certain que vivre à plusieurs, 24h/24, 7 jours/7, sans aucune échappatoire n'est pas simple, passer ses journées et ses semaines, seul, "enfermé" chez soi n'a rien d'un exercice facile.

"Je le vis bien, parce que je vis habituellement seule. J'aurais du mal à vivre 24h/24, confinée avec quelqu'un d'autre. Pour autant, le contact humain et physique commencent à me manquer... Les FaceTime et les coups de téléphone, c'est bien un temps, mais ça ne remplace pas une (vraie) présence", regrette Julie, journaliste de 29 ans. Même constat pour Sara, dentiste de 26 ans qui se retrouve dans l'obligation de mettre sur pause son activité professionnelle : "Au départ, je vivais la situation plutôt bien. Mais je n'ai jamais été quelqu'un de solitaire. Alors en voyant mon entourage faire un tas d'activité ensemble, j'ai commencé à sentir une baisse de moral. La solitude est quelque chose qui me déprime. Je pense que vivre ce confinement avec ma famille m'aurait semblé plus facile".

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1/ Ritualiser sa journée

"Dans la majeure partie des cas, je crois que les gens s'adaptent plutôt bien à la situation, constate Diane Rotcage, coach en évolution personnelle. Mais je pense qu'il y aura plusieurs temps dans ce confinement". Après la sidération et l'urgence, vient en effet, un temps plus calme, ou chacun commence à trouver ses marques. Pour y parvenir, la spécialiste conseille d'ailleurs d'organiser sa journée dans la mesure du possible : "c'est important d'installer un rituel, et rythmer son quotidien". Et de fait, se demander chaque jour ce que l'on souhaite faire de sa journée, et se dire que l'on consacre, par exemple, trente minutes de son temps à une activité physique, deux heures à un loisir, une heure aux coups de téléphone avec ses proches, etc. Sans négliger le rituel du coucher.

2/ Prendre soin de soi

Aussi, Diane Rotcage souligne l'importance de prendre soin de soi, de son corps et de son énergie. Qu'il s'agisse de chouchouter sa peau, de faire le plein de vitamine D grâce aux rayons du soleil, de pratiquer une activité physique (gym, danse, marche, yoga, méditation, etc.), de nourrir son corps en se faisant plaisir, ou de faire attention à son sommeil. Le tout est de pouvoir se recentrer sur soi-même.

3/ Faire le tri

Pour se sentir bien chez soi, il est important d'aménager, au mieux, son espace personnel. Qu'il s'agisse de son domicile, ou de sa tête ! "Ce que j'aime le plus dans le fait d'être confinée seule, c'est le fait de pouvoir faire tout ce que je veux. Et notamment, pour moi qui suis très maniaque, d'avoir un espace encore plus propre que d'habitude, et que tout soit bien rangé", confie Marion, 24 ans, kiné pédiatrique. Faire le tri, donc. Qu'il s'agisse de vider ses placards, mettre le nez dans ses papiers administratifs, ou, de manière plus philosophique, de réfléchir à ce que l'on aimerait changer dans sa vie, son travail, ou même ses relations. Objectif ? Se sentir léger.

4/ Garder contact

Pour ceux qui sont habitués à la solitude, le quotidien n'est pas trop violemment bousculé. Certains, l'étant par dépit, peuvent même se sentir rassurés par le fait que, pour une fois, tout le monde est plus ou moins logé à la même enseigne, explique Monique Kermadec. "Mais de l'autre côté, il y a ceux qui vivaient d'échanges, et dont les agendas étaient systématiquement remplis à bloc pour ne jamais se retrouver seuls chez eux, poursuit la psychologue et psychanalyste. Pour ceux-là, l'angoisse de l'inconnu et de la solitude peut devenir très forte. De surcroît lorsqu'ils se voient obligés de mettre sur pause leur activité professionnelle". Maintenir, autant que possible, un contact avec ses proches s'avère alors indispensable. Quel que soit le support, par téléphone ou par internet, cela permet d'éviter de s'enfermer dans un isolement, susceptible de créer un sentiment de solitude insurmontable.

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5/ Rester informé (mais pas trop)

Face à cette crise sanitaire inédite, il est tout naturel de ressentir le besoin de s'informer. Cela étant dit, les informations, selon les canaux choisis, pouvant être fortement anxiogènes, il est impératif de réussir à couper le contact de temps en temps, et de ne pas y passer ses journées. "En début de journée, je consacre une heure à l'information, pour lire deux ou trois articles de fond, afin de prendre un peu de hauteur. Mais c'est tout", confie Diane Rotcage, confinée seule chez elle, elle aussi.

6/ Garder une activité intellectuelle

Le cerveau étant, lui aussi, un muscle, conserver une activité intellectuelle afin de le stimuler un peu chaque jour est important. Qui plus est lorsque l'on n'a pas la possibilité de pouvoir télétravailler depuis son domicile. Lecture, mots croisés, mots fléchés, Scrabble, jeux de réflexion en ligne... les choix sont larges ! "Attention toutefois à s'imposer des limites, surtout lorsque l'on télétravaille. Il est primordial de trouver son équilibre afin ne de pas tomber dans l'excès et se sentir débordé", poursuit la coach.

7/ Retrouver son âme d'enfant

Idéal pour occuper son temps, tout en se vidant l'esprit : cultiver sa créativité et retrouver, ainsi, son âme d'enfant. "Se rappeler ce que l'on aimait faire lorsque l'on était enfant, ce qui nous procurait du plaisir, permet de se vider la tête mais aussi de se concentrer", souligne Diane Rotcage. Créer des rituels de créativité (via l'écriture, la peinture, le dessin, le coloriage ou encore le bricolage), cultive l'imagination et permet d'ouvrir son champ des possibles.

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8/ Trouver un sens

"Être seul peut provoquer un sentiment de perte de sens et donner la sensation que la vie n'a plus aucune importance. Faire quelque chose qui, pour soi, a du sens est alors essentiel", explique Monique de Kermadec. Cela peut être : s'inscrire à un cours en ligne, faire des recherches sur un sujet qui nous passionne, ou encore faire un acte solidaire comme préparer des repas à destination des personnes sans domicile ou bien écrire une lettre à une personne âgée isolée.

9/ Faire des pauses

"En dehors du lâcher-prise, ce qui est intéressant, c'est de diversifier ce que l'on fait pour occuper son temps, précise Diane Rotcage. Faire des coupures régulières, surtout lorsque l'on télétravaille, permet d'éviter qu'une monotonie s'installe et de s'exposer, de fait, à la déprime". Faire quelques pauses donc, permet ainsi de varier les plaisirs et de respirer.

10/ Se projeter

"Même si on ne sait pas de quoi demain est fait, on a le droit de faire des projets d'avenir, d'imaginer ce que l'on a vraiment envie de faire lorsque tout ceci sera derrière nous. Réfléchir à ce qu'on voudra partager et avec qui on voudra le partager. Ou au contraire, remettre en question un mode de fonctionnement, ou des relations dont on ne tire plus aucune satisfaction", explique Monique de Kermadec.

11/ Extérioriser

Enfin, il est indispensable que chacun puisse exprimer ses émotions. Ne pas cacher ses souffrances, si souffrances il y a, et surtout, s'autoriser à les reconnaître. Libre ensuite, à chacun, d'extérioriser ses angoisses comme bon lui semble : en parlant à un proche, en écrivant, etc. "Dans un tel contexte, on risque de ruminer et de se focaliser sur ce que l'on ne peut pas contrôler. Mieux vaut alors se concentrer sur ce qui est à notre portée", suggère Monique de Kermadec. "Il ne faut surtout pas se mettre en situation de détresse psychologique, et hésiter à consulter un spécialiste si besoin, ajoute Diane Rotcage. De nombreux praticiens ont désormais recours à des consultations par téléphone ou en visio. Un tas de solutions existent".