Vous avez ouvert votre établissement en octobre 2019, juste avant les grèves et la crise sanitaire... Comment vous sentez-vous ?
Amandine Chaignot : Toujours sur le fil... Mais je suis une éternelle positive, donc voir mes clients et le restaurant qui vit avec la vente à emporter me fait du bien. Après, c'est sûr que d'un point de vue comptable, ce n'est pas très joyeux...
Avez-vous songé à fermer définitivement ?
Jamais ! C'était inimaginable de mettre la clé sous la porte après six mois d'ouverture. Je suis quelqu'un d'actif, pour ne pas dire hyperactif. Lors du premier confinement, j'ai donc vendu des légumes, des cookies, du pain, du poisson, des carrés d'agneau... Cela a structuré mes journées. C'était une période assez innocente et très joyeuse, avec une vie de quartier incroyable et beaucoup de solidarité. C'était hors norme. Mais je n'ai pas repris cette activité de marché lors du deuxième confinement. J'étais assez épuisée. Je suis donc partie à la campagne, j'ai commencé un bouquin... J'en ai vraiment profité. Ensuite, j'ai passé un mois en Angleterre, où vit mon compagnon. Mais une fois les fêtes passées, j'ai lancé la vente à emporter.
Est-ce une manière de rester motivée ?
Cela permet de garder une activité dans le restaurant, d'éviter que la cuisine ne se détériore et de maintenir le lien avec les équipes, même si ce n'est pas une activité dans laquelle je me sens très à l'aise. Disons que cela empêche de mouliner dans mon lit à 3 heures du matin...
Justement, comment gardez-vous l'équilibre ?
J'ai l'impression de n'être jamais à l'équilibre. Je penche soit d'un côté, soit de l'autre. Après, je pense que la vie n'est pas faite pour être immobile. On peut se permettre d'avoir des sorties de route, à partir du moment où on tient bien son cap. La ligne droite, ce n'est pas moi [rires]. J'essaie d'arrêter de me projeter et de profiter encore plus des occasions où je peux faire des choses qui me plaisent. J'ai très envie de retrouver les salles de concert, les amis... et une certaine insouciance.
Quels sont vos moments de ressourcement ?
Quand je suis à cheval ! J'oublie tout. J'aime également contempler la nature, face à la mer ou à la montagne, et traverser Paris à vélo quand il n'y a personne dans les rues.
Dans une émission pour la plateforme Qobuz, vous vous livrez sur votre rapport à la musique. Que vous apporte-t-elle ?
Du bonheur. Pour moi, une journée sans musique est une journée sans couleur. Mon casque ne me quitte jamais. J'écoute énormément de choses avec des styles différents selon les moments. Quand je suis dans une bulle de concentration, c'est une musique très discrète. Pour la mise en place, je mets le son à fond, parce que ça donne de l'entrain. J'aime l'idée que l'équipe travaille avec le sourire. Le soir, lorsque je rentre à la maison, le rythme est un peu plus cool, avec une bossa-nova ou un vieux R'n'B des années 1970... et un bon verre de vin.
Quels sont vos projets ?
Déjà, il y a ce livre sur la cuisine de campagne, la cuisine simple pour les amis et la famille. Il sort à l'automne. Ensuite, je ne sais pas. La grande difficulté, c'est de ne pas avoir de visibilité. J'essaie de prendre les jours comme ils viennent.
