Gémir est de mise
Quand Michel Bussi se joue du décor paradisiaque des Marquises pour un nouveau polar au parfum des Dix Petits Nègres.

"Au soleil redouté", par Michel Bussi
© / - (c) SDP
Au diable la métropole et la claustration! Michel Bussi, qui collectionne les best-sellers, entraîne ses fans sous les cocotiers des Marquises. C'est là, à 15000 kilomètres de Paris, sur l'île paradisiaque de Hiva Oa chère à Brel et à Gauguin, qu'il plante sa nouvelle énigme: l'auteur en vogue PYL y convie cinq de ses lectrices et apprenties romancières pour un atelier d'écriture. Cinq femmes, soit une Belge de 70 ans, deux jolies Parisiennes, une riche excentrique, accompagnée de sa jeune belle-fille, et une policière flanquée de son gendarme de mari, le tout hébergé dans la pension Au soleil redouté. Très vite, PYL disparaît, ses "élèves" songent à une mise en scène, du type murder party. Sauf que son corps est retrouvé le lendemain; puis c'est au tour de l'aimable Belge de trépasser. Le roman prend alors des airs des Dix Petits Nègres. Qui sera la prochaine victime? Tout le monde se suspecte et enquête. L'occasion pour Michel Bussi, qui nous tient en haleine jusqu'au bout, d'épiloguer sur les légendes polynésiennes, les ambivalences humaines et le démon... de l'écriture. "Au soleil redouté", par Michel Bussi. Presses de la Cité, 432 p., 21,90 ¤.
La femme de trop
Un thriller sur l'emprise conjugale

"La deuxième femme", par Louise Mey
© / - (c) SDP
Dans le genre complexé, Sandrine bat tous les records. Cette trentenaire abhorre "son corps mou et graisseux", se traite de "grosse vache, grosse moche, tête de conne". Une haine de soi héritée de parents peu aimants et qui lui vaut une existence solitaire, rythmée par son emploi monotone de secrétaire juridique. Jusqu'au jour où, à la télévision, elle est bouleversée par un homme en larmes, dont la femme a disparu, présumée morte. Sandrine la timide se joint à la marche de soutien et se rapproche de ce mari dévasté, seul avec son petit garçon. Contre toute attente, il la courtise puis la convainc d'emménager chez lui. Enfin quelqu'un qui l'aime, qui a besoin d'elle. La "gentille" Sandrine va se mettre en quatre pour complaire à ce conjoint, certes maniaque, mais devenu sa raison de vivre. Sauf que l'épouse introuvable réapparaît, vivante, amnésique. "Alors [Sandrine] n'est plus la deuxième femme, elle est la femme de trop." La victime de trop en réalité, à son tour sous l'emprise d'un pervers narcissique patenté. Dans ce roman noir au style saccadé, original, où l'étau se resserre de façon quasi oppressante, Louise Mey évoque avec éloquence le fléau des violences conjugales. "La Deuxième Femme", par Louise Mey. Editions du Masque, 335 p., 20 ¤.
LIRE AUSSI >> De Bunuel à Aronofsky, 10 trésors ciné du confiné
Maison ôtée un divorce
Une belle demeure londonienne... et surgit le drame.

"Chez nous", par Louise Candlish
© / - (c) SDP
Derrière son titre de circonstance en période de confinement, "Chez nous" est un thriller peu banal, qui donne la vedette à... une maison. Plus précisément, il ausculte le rapport irrationnel et obsessionnel de certains avec la leur. C'est le cas de Fiona et Bram, couple de quadras londoniens, propriétaires d'une belle demeure edwardienne au 91, Trinity Avenue, sur laquelle ils ont tout misé. Au moment de leur divorce, ils ont donc convenu d'y habiter à tour de rôle avec leurs garçons de 8 et 9 ans pour que ces derniers restent en permanence au domicile familial, selon la pratique du "nesting" (de nest, nid en anglais). Mais un jour de janvier 2017, Fiona surprend des déménageurs en train d'y emporter des meubles. Hallucination ? Non : sa maison adorée a bel et bien été vendue, à son insu. Sans nouvelles de Bram ni des enfants, Fiona confie son drame à un podcast consacré aux affaires criminelles, tandis que l'on suit alternativement les déboires de l'ex-mari en fuite... Romancière à succès outre-Manche, Louise Candlish témoigne d'un savoir-faire polardesque éprouvé. En lisant chez soi Chez nous, on ne voit pas le temps passer. Enfin !"Chez nous", par Louise Candlish, trad. de l'anglais par Caroline Thomas. Sonatine, 474 p., 22 ¤.
