Mais si, il y aura du suspense, ce samedi à 18 heures, à Twickenham... A quel moment du match, le public londonien va-t-il psalmodier l'insupportable "Swing low, sweet chariot" qui scande la marche immuable du XV de la rose vers le Grand Chelem dans le Tournoi des 6 Nations 2013? Contre les Ecossais puis en Irlande, les supporters anglais n'ont pas tenu plus d'un quart d'heure avant de pousser leur orgueilleuse ritournelle. Sur la foi de leur début de Tournoi calamiteux, on ne voit pas comment les Bleus de Philippe Saint-André vont s'y prendre pour doucher les ardeurs de la chorale locale.

A l'inverse des Anglais qui empilent les certitudes en vue de la Coupe du monde 2015 qu'ils organiseront "at home", tout est à refaire pour l'équipe de France. L'enthousiasme suscité par les victoires de fin d'année face à l'Australie et l'Argentine s'est dégonflé comme une bulle spéculative. Défait par l'Italie et le Pays de Galles, le XV de France ne sait plus à quel Saint-André se vouer. Symbole de ce management de bric et de broc: la "mise au banc" de la trouvaille automnale, la charnière Machenaud-Michalak, au profit du vieux tandem des années Lièvremont, Parra-Trinh-Duc.

Bastareaud-Tuilagui: le crunch dans le crunch

Pas sûr que les Bleus y perdent au change. On ne se fait guère de souci pour Morgan Parra, qui n'a jamais déçu sous la mitraille. Et l'on a hâte de voir François Trinh-Duc face à la grande révélation du rugby anglais, Owen Farell, 21 ans, gueule de candidat à la Star Ac et coup de botte wilkinsonien. Pour sa dernière chance en bleu, l'ouvreur de Montpellier détient les clés du match. Doué mais trop inconstant, le revoici mûri et revanchard. Sa capacité à jouer lancé et attaquer la ligne adverse trancheront avec les entrechats de Michalak. Sur le papier, Trinh-Duc a les moyens de faire briller les deux missiles sol-sol Bastareaud et Fofana associés, pour la première fois, au centre de l'attaque tricolore. A suivre, plus particulièrement, le crunch dans le crunch qui opposera notre "Basta-Rocket" national à son alter-égo d'outre-Manche Manu Tuilagui et ses biceps moulés à la louche. Adeptes du cadrage-débordement et de la biscouette à deux balles, s'abstenir...

Outre Trinh-Duc, beaucoup de joueurs abattront leur dernière carte dans l'enfer pavé de roses de Twickenham. On pense à Huget, Fall, Dusautoir, Nyanga, Kayser... Sans parler de Philippe Saint-André, en passe de rejoindre Roger Lemerre, Raymond Domenech, Marc Lièvremont dans la grande galerie des entraîneurs honnis du sport français.

Voilà le contexte, plus grand-monde ne croit à cette équipe-là. Certains parient déjà sur une fessée historique. Le genre de sinistrose qui prélude, contre toute logique, aux plus grands exploits du rugby français. En ce qui nous concerne, soyons honnête, on se contenterait d'une défaite honorable et d'un embryon de début de commencement de système de jeu. Et aussi d'attendre, au moins, la seconde mi-temps pour entendre beuglé le "Swing low" machin truc.