Les places fortes du rugby britannique sont l'Irlande, le Pays de Galles et l'Ecosse. Jusqu'à preuve du contraire, l'Angleterre n'en fait plus partie. Il sera toujours temps de nuancer si le XV de la Rose réalise un Grand Chelem lors d'un tournoi des Six Nations d'ici à la Coupe du monde 2019. C'est en tout cas la vérité du dernier week-end du premier tour de l'édition 2015. En obtenant sa place en quarts de finale en dominant les Samoa (36-33), l'Ecosse a porté le dernier coup de pinceau au tableau qui fait cauchemarder l'Angleterre depuis son élimination. Le match fut éblouissant de rythme et de suspense, malgré des séquences très décousues. C'est la rencontre de la Coupe du monde 2015 la plus prolifique derrière Nouvelle-Zélande - Namibie (58-14).
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Jamais, depuis que la Coupe du monde de rugby existe, toutes les nations celtes n'avaient accédé aux quarts en même temps sans la présence de l'Angleterre. En 1987 et 2003, le Royaume-Uni avait placé ses quatre équipes. A ce stade, le Pays de Galles avait maté le XV de la Rose (16-3) en 1987, avant une revanche de l'Angleterre en 2003 (28-17). En 1991 et 1995, il manquait les Gallois dans le tableau final. En 1999, l'Irlande avait échoué au premier tour. En 2007, le Pays de Galles et l'Irlande avaient échoué en simultané. En 2011, l'Ecosse avait lâché trop tôt.
Déjà en 2011, l'Angleterre n'était pas la dernière nation britannique en lice
Aussi spectaculaire soit-elle, l'absence de l'Angleterre ne fait cependant que souligner une tendance de fond sur la perte de son leadership dans le rugby britannique. L'Irlande et le Pays de Galles lui disputent depuis de longues saisons sa position dominante; au pays, on dit "son arrogance". Les Verts ont remporté les deux derniers Tournois des Six Nations, les Rouges les deux précédents. L'Angleterre n'a plus remporté la compétition européenne depuis 2011. Et encore, cette victoire reste la seule qui lui est revenue en douze éditions. Lors de la Coupe du monde de la même année 2011, l'Angleterre s'était arrêtée en quarts de finale et avait laissé au Pays de Galles le statut de dernier porte-drapeau du rugby britannique (demi-finale). C'était la première fois depuis 1987 que le XV de la Rose n'était pas l'éclaireur du rugby britannique à l'échelle internationale.
Avec cette place en quarts de finale, l'Ecosse confirme son retour à un niveau très intéressant, même si elle semble le maillon faible du plateau. Après avoir failli dominer la France au Stade de France en préparation (19-16), elle a enchaîné des victoires denses contre le Japon (45-10), les Etats-Unis (39-16) avant de perdre contre une Afrique du Sud déchaînée après son humiliation face au Japon (34-16). Le XV au Chardon affiche un jeu équilibré, offensif, et malgré cinq blessures, quelques hommes en forme, notamment Greig Laidlaw (26 points samedi, record personnel avec l'Ecosse) et Tommy Seymour, qui a marqué au moins un essai lors de chaque match. "Il a fait un match époustouflant, a dit le sélectionneur Vern Cotter au sujet de Laidlaw. Nous étions sous pression, il a su rester calme et l'équipe avec lui. Nous sommes soulagés et fiers."
Le classement mondial édité par World Rugby, actualisé toutes les semaines, même en pleine Coupe du monde, porte déjà en lui l'évolution de la hiérarchie britannique. L'Angleterre est passée de la quatrième à la huitième place derrière l'Irlande (3e), le Pays de Galles (5e) et bientôt l'Ecosse (9e). Samedi, les Ecossais sont allés jusqu'à humilier les stadiers anglais. A la fin du match, plusieurs Flowers of Scotland joués à la cornemuse ont retenti dans les travées du Saint-James-Park de Newcastle. Le règlement interdit la présence de cornemuses dans les tribunes.

Le XV d'Ecosse célèbre sa qualification pour les 1/4 du Mondial après sa victoire contre les Samoa, le 10 octobre 2015 à Newcastle.
© / afp.com/Bertrand Langlois