Un champion perplexe. Montée au pinacle en 2003, l'équipe d'Angleterre est vite retombée sur son séant. Dès la saison suivant son sacre mondial, le premier d'une équipe européenne, le quinze de la Rose a perdu la confiance et accumulé les mauvais résultats. Les entraîneurs ont eu beau se suivre (Brian Ashton en 2006 succédant à Andy Robinson en 2004, succédant lui-même à Clive Woodward) les champions du monde n'ont jamais retrouvé leur état de grâce australien. Symbole de cette décrépitude, l'incroyable série de pépins physiques (épaule, genou, cervicale, appendicite, rein...) ayant frappé le héros de Sydney, Jonny Wilkinson, auteur du drop victorieux en finale de la Coupe du monde mais dans la foulée privé de jeu en sélection durant 36 mois. Outre l'absence du "Great One", les Anglais ont surtout manqué d'une âme, d'un capitaine comme l'était Martin Johnson. Et le collectif, si impressionnant en 2003 et qui masquait certainement la carence des lignes arrières, s'est effrité.

La saison 2007 n'a pas rassuré le nouveau coach d'une équipe retombée au septième rang mondial du classement de l'IRB. Après une seule victoire à peu près convaincante - dans le Tournoi des VI Nations face à la France à Twickenham - Brian Ashton, soixante ans, et souvent présenté comme un théoricien de surcroît peu porté vers le beau jeu, s'est retrouvé en position délicate, annonçant finalement une liste des trente la plus expérimentée possible. Et écartant des jeunes prometteurs comme Tom Palmer, James Haskell, Nick Abendanon ou Danny Cipriani.

Brian Ashton n'a pas fait dans la nouveauté

Les matches de préparation de l'été ont amplifié les maux de tête d'Ashton. A une première copie très propre (62-5 avec un quadruplé du troisième ligne Nick Easter) contre un fantômatique pays de Galles, deux autres ont fait suite, beaucoup moins inspirées, traduites par deux défaites en une semaine face à la France (21-15 à Twickenham, et 22-9 à Marseille). Et au Stade-Vélodrome, pour la première fois depuis des lustres, le pack anglais a été dominé par son homologue bleu. Bilan, le quinze de la Rose a enregistré une quinzième défaite sur ses seize derniers matches disputés hors du royaume. Et les journaux de titrer, comme le Telegraph, « L'Angleterre d'une calamité à l'autre», ou d'affirmer dans le Guardian que « l'Angleterre ne gagnera pas la Coupe du monde et ne passera peut-être pas le premier tour si les vieux grognards ne trouvent pas un peu d'inspiration pour accompagner leurs muscles.»

En fin de compte, et après les défections dues aux blessures (Ellis, Strettle, Tindall), ce sont bien les éléments les plus chevronnés qui effectueront le voyage en France. A l'image de joueurs tous âgés de plus de trente ans comme Phil Vickery (pilier et capitaine), Ben Kay, Simon Shaw et Martin Corry (deuxième-ligne), Lawrence Dallaglio et Joe Worsley (troisième-ligne), l'ancien treiziste Andy Farrell (centre) ou Jason Robinson (aile). Dans la poule A, où ils débuteront la compétition face aux Etats-Unis (le 8 septembre à Lens), les champions du monde passeront six jours plus tard au Stade de France un test plus que délicat contre l'Afrique du Sud. Avant de devoir boucler, avec des victoires obligatoires en cas d'insuccès face aux Boks, ce premier tour contre les Samoa (à Nantes le 22 septembre) et les Tonga (au Parc des Princes le 26 septembre).