"Je me plaisais surtout aux mathématiques, à cause de la certitude et de l'évidence de leurs raisons." Quand on y songe, ça n'est pas rien d'appartenir à une nation surnommée la "patrie de Descartes" - qui a écrit ces lignes. Ça n'est pas rien d'hériter d'une culture et d'une tradition qui ont enfanté les plus grands mathématiciens-philosophes du monde : Descartes, donc ; mais aussi Pascal, bien sûr. D'Alembert. Condorcet ! Et c'est dire le chagrin, en creux, que l'on peut éprouver à voir cette culture s'étioler dans une baisse de niveau généralisée, qui fait désormais de la France - dans l'étude Timss auprès de 60 pays - le pire élève en mathématiques de l'Union européenne, et l'avant-dernier au classement de l'OCDE.
Quelle importance ?, soupireront certains, qui trouvent qu'on en fait toujours trop dans le déclin. Ils n'ont pas tort à chaque fois... Mais sur les maths, ils se trompent. On pourrait, bien sûr, leur dresser la liste des choses indispensables pour lesquelles les mathématiques sont un outil nécessaire. La France, notamment, a besoin de "matheux" pour nourrir la puissance d'une industrie qui ne cesse de s'affaiblir, entraînant d'inquiétantes pertes de souveraineté ; et "le Français de la rue", lui, a besoin de maîtriser la règle de trois pour ne pas se faire arnaquer...
Mais réduire les maths à leurs fins utiles ne rend pas justice à leur impérieuse nécessité : la logique, le raisonnement, et l'évidence du "2 et 2 font 4" constituent la grammaire de la pensée. Le cadre commun dans lequel nous discutons et débattons en paix. Sans quoi il n'y a plus de haut ni de bas. De vrai ni de faux. C'est pourquoi les mathématiques représentent - après l'apprentissage du français - la deuxième mamelle de la vie en société. On ne cesse de le constater, au reste : l'essor de l'irrationalité est un terreau à la dispute, à l'agressivité, et à la paranoïa.
Une nation où les maths déclinent est une nation qui perd en puissance et en concorde. Dans le flot de la controverse quotidienne qu'est devenue notre vie politique, certaines urgences gigantesques passent presque inaperçues. Pourtant, elles sont déterminantes pour notre destin commun. Et sauver les mathématiques en fait indiscutablement partie.
