Sur les terrasses des cafés de Port-Joinville, le sujet revient en boucle animer les conversations islaises. Prononcez « bateaux » ou « hélicoptères » et vous voici partis pour une heure de polémique ! Depuis que la compagnie Yeu Continent - subventionnée par le conseil général de la Vendée, elle assure deux allers-retours par jour au minimum toute l'année - a renouvelé en 2006 sa flotte en achetant deux navires à grande vitesse (NGV), les avis restent très partagés. Certains se félicitent de rejoindre Fromentine en 30 minutes chrono (contre 45 minutes avant, avec l'Amporelle, et 1 heure 15 avec l'Insula Oya) sans tomber malade dès les premiers remous ; les autres regrettent le choix des bateaux. « Les NGV ne transportent que 250 passagers. Résultat, on se retrouve avec un quota d'entrées », pointe Bruno Noury, nouveau maire de L'Ile-d'Yeu. Les Islais (au nombre de 5 000) se montrent pourtant moins sédentaires qu'avant. Et le nombre de touristes ne diminue pas...
Faute d'hélicoptère, trois femmes ont accouché dans le cabinet médical
« En 2007, nous avons battu notre record d'affluence, qui datait de 1997, en enregistrant 457 847 passagers, et, cette saison, nous en sommes déjà à + 3 %. L'insularité en prend un coup », reconnaît Lionel Burgaud, l'un des responsables d'Yeu Continent. Les marées continuent pourtant de dicter leur loi. Les traversées s'effectuant à partir du chenal d'accès de Fromentine, il faut attendre que le niveau monte pour pouvoir passer sans s'échouer. D'où des horaires, parfois, à coucher dehors.
« La rapidité n'est pas notre priorité, tempère Pierre Nolleau, président de l'office du tourisme et directeur de l'hôtel des Voyageurs. Sur une île, on apprend à vivre avec la fatalité du temps et des horaires des marées. Nous faisons partie des rares insulaires à ne pas avoir de pont, c'est notre force et notre faiblesse. » Pour preuve, depuis un an, les rapatriements sanitaires de nuit n'ont pu être effectués par l'hélicoptère local, comme c'était le cas depuis 1987. Faute de moyens, l'ancien propriétaire de la compagnie Oya Vendée Hélicoptères (qui assure aussi la navette entre Fromentine et Port-Joinville pour le courrier, la presse et les médicaments), avait renoncé à investir dans l'achat d'un appareil bimoteur, désormais nécessaire aux vols nocturnes. Depuis un an, les canots de sauvetage bénévoles ont dû être réactivés. « L'hélico, c'est pourtant le cordon permanent avec le continent, rappelle Antoine Grésillon, l'un des trois pilotes et aujourd'hui actionnaire de la société. Les Islais en ont aussitôt subi les conséquences : trois femmes ont accouché dans le cabinet médical », déplore-t-il. Même si l'hélico rend de fiers services aux Islais, beaucoup le jugent trop cher et pencheraient plus pour le rétablissement d'une ligne aérienne, comme il en existait jusqu'en 2006. La mairie songe aussi à déplacer l'héliport, aujourd'hui sur le port, vers l'aérodrome, au centre de l'île. « Cela signerait la fin de notre activité. L'arrivée des bateaux rapides nous a déjà fait perdre 8 000 passagers par an », avertit Antoine Grésillon. Une perspective hautement préjudiciable... pour les Islais. Dix-sept kilomètres de distance, ce peut être dix minutes de vol. Ou le bout du monde.