Il y a le chant du coq, signalant l'heure du départ. Et puis les bâtons qui, rue du Bout-du-Monde, frappent le pavé. Il est à peine 7 heures. Encore tout assoupi, Saint-Guilhem-le-Désert (Hérault), joyau d'art médiéval inscrit au Patrimoine mondial de l'Unesco, ne connaîtra la foule que dans quelques heures. Dans l'instant, le fief des Sauta-Rocs - les « saute-rochers », nom des 250 habitants du village - est au repos, livré aux seuls randonneurs matinaux.
Franchissant le Verdus harnachés de leur sac à dos, ceux-là scrutent les alentours en quête du GR 653. Dans l'Hérault, c'est le point de ralliement des pèlerins en route vers Saint-Jacques-de-Compostelle, en Espagne. Jusqu'aux confins du parc régional du haut Languedoc, voire au-delà, il va être leur boussole et leur compagnon de route.
Ce matin, ceux qu'on appelle les « jacquets » se sont souhaité, en espagnol, comme chaque matin, un « bon chemin ». L'apostrophe vaut encouragement avant d'aller son train sur les sentiers en lacets. Partis d'Arles cinq ou six jours plus tôt, eux se méfient comme de la peste du cagnard. La prochaine halte - Saint-Jean-de-la-Blaquière - est encore à 25 kilomètres. Pas question de trop musarder, de se familiariser avec la ruffe, la terre rouge du Lodévois. Vous, oui ! Bien sûr, découvrant la majesté du cirque de l'Infernet ou la vue, depuis les hauteurs, sur l'abbaye, vous pisterez un temps leur trace. Ou serez tenté, à votre tour, de contourner le Pioch Canis avec, dans le lointain, le vignoble de Montpeyroux. Et puis, variantes obligent, vous dévierez votre course, découvrant un chemin encaladé, ou encore ces pins de Salzman, endémiques ici, derniers vestiges, dit-on, de la forêt primaire méditerranéenne.
Est-ce l'effet du dénivelé - 370 mètres en une heure à flanc de vallée - mais déjà, à l'approche de l'imposante falaise qui domine le vallon, le roc de la Bissonne (qui sonne bis, c'est-à-dire deux fois en raison de l'écho), le choix de l'itinéraire vous paraît cornélien : prendre à droite vers les Fenestrelles, cet ouvrage d'art aux formes d'arcades construit en encorbellement au-dessus du vide par les moines du cru, au xiie siècle, sorte d'accès avec péage vers les hautes terres du Larzac voisin ? Ou bien optez à gauche, pour le point de vue du belvédère Max-Nègre, avec panorama sur les monts de Saint-Guilhem ? Faux dilemme. « Un site n'exclut pas l'autre, fait valoir Frédéric Certain, de Languedoc Nature, organisateur de randonnées. Un circuit d'environ quatre heures empruntant sentiers, combes et pistes forestières permet de tout voir. » Jusqu'à toiser, de loin, le pic Saint-Baudille, qui de ses 848 mètres marque l'extrémité sud du plateau du Larzac. Une boucle parmi d'autres. Parce que nos chemins, comme disent les pèlerins, nous mènent toujours ailleurs.
Itinéraires
Si Saint-Guilhem-le-Désert possède son trésor - l'abbaye de Gellone - la place constitue aussi pour le randonneur un trésor... de ressources. Deux balades reviennent souvent dans les conversations : la maison forestière des Plos, avec le belvédère au-dessus de la combe de Brunan, et l'ermitage de Notre-Dame-de-Lieu-Plaisant. Des itinéraires de quelques heures (avec provision d'eau), accessibles sans marche forcée. Vous êtes plus aguerri, plus aventureux, décidé à tester sur plusieurs jours un changement de rythme ? Une randonnée accompagnée, avec âne de bât, s'impose. Les circuits à la carte aux alentours du château médiéval de Saint-Jean-de-Buèges et des sources de la Séranne ne manquent pas.
Ser'âne. Olivier Morin, Saint- Jean-de-Buèges (Hérault), 04-67-73-13-26. www.ser-ane.com