Nice est une ville à risques. Selon vous, comment cela peut-il s'expliquer?

Au-delà de la ville, il faut observer ce territoire au niveau du département, avec un littoral fortement urbanisé et des montagnes élevées et escarpées. Dans cet espace, tout ou presque est possible: la neige et les avalanches, les pluies torrentielles et les inondations, les mouvements de terrain et les séismes, la sécheresse et les incendies... Jusqu'à preuve du contraire, historiquement, seule une catastrophe volcanique nous a été épargnée... En conséquence, de façon innée, il existe chez nous une conscience du risque plus développée qu'ailleurs. Cela se vérifie dans le domaine de la sismicité, où Nice est l'une des cités les plus avancées d'Europe en matière d'anticipation et de prévention. C'est en donnant aux habitants les bons réflexes que l'on évitera un bilan lourd, en cas de tremblement de terre majeur.

En matière d'urbanisation, la Côte d'Azur en général et Nice en particulier ont commis de grosses erreurs, qui représentent des facteurs aggravants en cas d'incendie ou d'inondation. Existe-t-il un moyen d'y remédier?

Indéniablement, l'espace niçois s'est conquis de façon "individualiste", chacun voulant sa propriété sur des terrains de quelques hectares. Résultat? Aujourd'hui, nous avons hérité d'un habitat diffus, mais important, ce qui a imperméabilisé les sols. D'où les feux et les glissements de terrain auxquels la ville est régulièrement confrontée. Il y a aussi eu de grands aménagements malheureux, comme sur le Paillon, trop couvert: en cas de crue centennale, nous aurons à affronter des débordements importants. Depuis mon arrivée à la tête de la mairie, en mars dernier, je cherche à répondre à ces menaces de façon préventive, en encourageant le débroussaillement pour réduire l'extension des feux de forêt. Quant au Paillon, il doit être régulièrement nettoyé et curé. Par ailleurs, pour l'"aérer", nous allons détruire certains édifices, comme la gare routière.

Vous parlez d'aménagement raisonné, mais, côté Var, l'autre grand fleuve bordant la ville, qui a connu une crue torrentielle en 1994, vous lancez l'opération d'intérêt national (OIN) de la Plaine du Var. N'est-ce pas un projet risqué?

Au contraire, l'OIN Plaine du Var servira à protéger un sanctuaire classé Natura 2000. Je veux en faire un exemple de biodiversité : sur une zone de 10 000 hectares, nous n'en aménagerons que 450. Cela dit, de façon générale, l'entretien du fleuve doit être amélioré et il faut repenser ses infrastructures, notamment en favorisant la construction de voies sur berges qui, comme à Paris, seraient inondables. Pour cela, nous aurons besoin d'argent, et la création de la communauté urbaine, en lieu et place de la communauté d'agglomération, nous permettra de doubler notre capacité d'investissement (573 millions) dans les cinq années à venir.

Vous projetez la création d'un port dans la zone de l'aéroport. Un objectif surprenant, alors qu'en 1979 une extension dudit aéroport s'était soldée par un dramatique effondrement...

Je souhaiterais simplement redonner au port historique de Nice sa dimension culturelle et de plaisance. Pour cela, il faudrait déplacer les activités actuelles lourdes, de type fret, commerce et ferrys, du côté de l'aéroport. Il convient donc de réaliser un nouveau terminal, mais c'est aux architectes de statuer sur sa faisabilité: il pourrait être construit sur du dur ou être flottant, comme certaines digues à Monaco. Je n'ai pour ma part aucune idée préconçue sur la solution technologique à adopter.