Le spectre du chikungunya
Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, est venue en personne à Nice, au début de l'été 2008, pour révéler sa présence. C'est qu'Aedes albopictus, qui semble s'être fait définitivement une place au soleil de la Côte d'Azur, n'est pas un moustique comme les autres. L'insecte peut être porteur de la dengue et du virus du chikungunya, responsable d'une épidémie de fortes fièvres et de douleurs articulaires à la Réunion, en 2005 et 2006. "Le vecteur de la maladie est présent sur le territoire, mais il n'y a pas encore eu de cas autochtone", tempère Henriette de Valk, chercheuse à l'Institut de veille sanitaire. En d'autres termes, on a bien diagnostiqué la présence du virus sur une dizaine de patients en France, en 2007, mais ils avaient ramené celui-ci de l'étranger. En revanche, aucun cas n'a été observé après la piqûre d'un moustique "local". Reste qu'il n'existe aucun vaccin et que la menace est prégnante. Voire irrémédiable. En 2007, nos voisins italiens ont affronté une épidémie qui a touché 200 personnes. Pas sûr que le "chik" s'arrête aux frontières...
Les années des méduses
"Attention ! baignade interdite pour cause de méduses." Verra-t-on bientôt ce panneau sur la Promenade des Anglais? Désormais, pas un été ne se passe sans que les secouristes aient à donner les premiers soins à des baigneurs malchanceux.
A la mi-juillet, selon nos confrères de Nice-Matin, ils avaient déjà effectué près de 500 interventions sur l'ensemble du littoral. Un seul coupable: Pelagia noctiluca, une espèce particulièrement urticante. "Si aucun cas mortel n'a été enregistré, les méduses peuvent provoquer des réactions cutanées, avec des complications comme des palpitations, voire des oedèmes", indique Gabriel Gorsky, directeur de recherche (CNRS) au laboratoire d'océanographie de Villefranche-sur-Mer.
Mais, plus que sur ces effets, le spécialiste s'interroge sur la huitième année d'affilée de leur présence sur les côtes françaises. Parmi les explications avancées figurent les hausses de la température de l'eau et de la salinité, ainsi que la surpêche, qui déséquilibre l'ensemble de l'écosystème. Cette perspective n'enchante guère Gabriel Gorsky: "Selon certaines études, on se dirigerait vers une mer peuplée de plus en plus d'organismes gélatineux, au détriment des poissons."
Les palmiers menacés par le charançon rouge
Il a fait son apparition en 2006 dans le Var. Depuis, le charançon rouge est la hantise des jardiniers municipaux de la ville. Ce petit coléoptère (3-4 centimètres de longueur) orange à taches noires originaire d'Asie a pris l'habitude de nicher à l'intérieur des palmiers des Canaries, ceux-là mêmes qui bordent la Promenade des Anglais.
"On en a capturé un à Antibes, mais pas encore à Nice, où une trentaine de pièges ont été posés, témoigne François Bertaux, chef de l'antenne niçoise du Service régional de la protection des végétaux. Mais son arrivée semble inéluctable." Pourquoi une telle panique? Le charançon pond ses oeufs dans le coeur du palmier, qui pourrit ensuite lentement. "Rapidement, les palmes s'affaissent, le tronc suinte en dégageant une odeur nauséabonde et la tête risque de tomber à tout moment", poursuit le spécialiste, qui ne voit pas d'autre solution que d'abattre l'arbre. Le traitement, expéditif, a un coût: de 1000 à 2000 euros... Pour l'heure, Nice a préféré, de façon préventive, ne plus planter de palmiers.
L'algue toxique prolifère
Monaco, Villefranche-sur-Mer, Nice (plage de la Réserve) , une calanque de Marseille... Ce n'est pas le carnet de route d'un touriste en goguette, mais le nombre de plages où l'algue toxique Ostreopsis a sévi, entraînant une suspension temporaire de la baignade. "Nous ignorons son origine et la façon de s'en débarrasser", explique Rodolphe Lemée, biologiste au laboratoire d'océanographie de Villefranche-sur-Mer. Moins dangereuse que les méduses, elle libère toutefois une toxine qui, par inhalation ou par contact, provoque des rougeurs, des boutons, et jusqu'à des symptômes grippaux (toux, fièvre...). Mais, tout comme les espèces gélatineuses, sa prolifération et sa concentration inquiètent le scientifique, qui redoute que cette microalgue ne s'impose comme une habituée de la Côte d'Azur.