Les forces de l'ordre ont lancé ce samedi peu après 17 heures une opération d'évacuation du site de la rave-party illégale qui continuait de se tenir à Redon (Ille-et-Vilaine) en utilisant des gaz lacrymogènes. Un épais nuage de gaz lacrymogène a recouvert le site où des affrontements avaient eu lieu dans la nuit entre gendarmes et teufeurs. Au moins 25 cars de gendarmes mobiles et de CRS étaient positionnés aux abords du principal accès au site.

Un jeune de 22 ans a perdu une main

Cinq gendarmes ont été blessés lors de l'intervention, et un jeune participant "de 22 ans a perdu une main", a annoncé ce samedi matin le préfet d'Ille-et-Vilaine Emmanuel Berthier. Deux gendarmes ont été évacués à l'hôpital de Redon, a-t-il précisé, en dénonçant "des heurts d'une grande violence". Une enquête a été "immédiatement diligentée par le parquet de Rennes" sur les circonstances de "ce dramatique accident".

La rave party était organisée en hommage à Steve Maia Caniço

"1500 personnes", selon le préfet, s'étaient donné rendez-vous pour une rave party en hommage à Steve Maia Caniço, décédé il y a deux ans à Nantes lors d'une opération de police pendant la Fête de la musique. Son corps avait été retrouvé noyé dans la Loire un mois plus tard. Ce rassemblement intervient aussi après de nouveaux éléments concernant l'enquête sur sa disparition. Vendredi le procureur de la République de Rennes Philippe Astruc a annoncé que, selon l'enquête, le jeune homme était tombé dans la Loire "dans le temps de l'intervention de la police" pour disperser le rassemblement auquel le jeune homme participait. L'émotion reste vive à Nantes, où des manifestants ont réclamé "Justice pour Steve", jugeant l'intervention policière disproportionnée.

LIRE AUSSI : Plus revendicative que jamais, la Techno Parade "danse pour Steve"

"A la mémoire de Steve Maia Caniço, en soutien aux inculpés de la Maskarade de Lieuron et pour toutes les victimes de la répression, notre seule volonté était de brandir haut et fort la musique comme étendard et comme élément indissociable de nos vies", a déclaré le collectif Teknival des musiques interdites, organisateur de l'évènement.

Déjà en Ille-et-Vilaine, le soir du Nouvel An, en pleine crise sanitaire, une rave party avait eu lieu à Lieuron, rassemblant 2400 personnes pendant 36 heures. Neuf personnes ont été mises en examen. Le Teknival des musiques interdites revendique d'avoir choisi "la circonscription de Rennes dont le procureur, Philippe Astruc, est à l'heure actuelle le plus représentatif de ces politiques de répression et de stigmatisation".

Un arrêté contre les rave parties en vigueur jusqu'à mercredi

En Ille-et-Vilaine, les rumeurs ont conduit la préfecture à prendre un arrêté d'interdiction vendredi. Elle craignait qu'un "rassemblement festif à caractère musical de type teknival ou rave party" puisse regrouper "plusieurs centaines de participants" dans le département. Cet arrêté est valable jusqu'à mercredi 8 heures.

Du vendredi 18 juin à 17 heures au mercredi 23 juin à 8 heures les "rassemblements festifs à caractère musical" sont donc interdits, "à l'exception de ceux légalement déclarés ou autorisés". Est également interdite "la circulation de tout véhicule transportant du matériel de son ("sound system")" à destination d'un rassemblement de ce type.

LIRE AUSSI : Face à la recrudescence des fêtes clandestines, la police cherche la solution

Plus de 400 gendarmes sont intervenus

La gendarmerie nationale a confirmé dans un tweet qu'une opération était "en cours" suite à la tentative d'installation d'un Teknival, et indique que "plus de 400 gendarmes" sont engagés "pour faire cesser les troubles".

Les heurts ont commencé vers 22 h30 vendredi soir, a indiqué le préfet Emmanuel Berthier. Selon lui, "des affrontements d'une extrême violence ont duré une très grande partie de la nuit, plus de sept heures". Il a évoqué "des jets de cocktail molotov, boules de pétanque, morceaux de parpaings". Pour Emmanuel Berthier, la gendarmerie avait face à elle "des gens qui avaient un objectif, en découdre avec la force publique". "On ne vient pas à un Teknival avec une boule de pétanque", a relevé un gendarme. "Encore une fois, les autorités ont choisi la violence en lieu et place de dialogue. Des pluies de lacrymos et de grenades se sont abattues sur une foule qui ne désirait que faire la fête....", a réagi de son côté Teknival des musiques interdites.

La musique a repris dans la matinée

"Depuis hier soir, il n'y a pas de musique", mais "les individus qui participent à cette rave illégale sont toujours présents sur site", a précisé à l'AFP la préfecture samedi matin. Une vidéo publiée sur Twitter par le journaliste Remy Buisine à 8 heures ce matin montrait pourtant un début de fête en musique. La musique techno avait repris dans la matinée, ont constaté un photographe et un journaliste de l'AFP.

Ce samedi, les gendarmes empêchent tout accès à la zone située près de l'hippodrome de Redon qui se trouve proche d'un cours d'eau. Plusieurs centaines de personnes sont encore sur le site, selon des sources concordantes. A proximité de la vaste prairie de l'hippodrome, des dizaines de jeunes étaient rassemblés sous un ciel gris après avoir été délogés du site, a constaté un journaliste de l'AFP. "A 6 heures on a lâché l'affaire, il y a eu deux à trois heures de son", ont témoigné "Z", 28 ans et Anais, 27 ans, venus de Loire-Atlantique. Les deux jeunes gens, qui avaient participé à la rave party du Nouvel an à Lieuron ont expliqué "vouloir juste décompresser". "C'était la guerre", a commenté pour sa part Flo, jeune homme de 22 ans venu de Cholet. Selon lui, "six murs de son" avaient été installés.

D'autres fêtes similaires déjà interdites en Bretagne

Selon Ouest-France, la préfecture avait déjà pris des mesures d'interdictions pour éviter l'organisation d'une rave party le week-end dernier. Dans la nuit du 12 au 13 juin, les gendarmes sont intervenus dans le Morbihan et le Finistère.

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin "suit de très près la situation à Redon. Il a annulé les événements prévus dans sa journée et fait des points réguliers avec les autorités", a-t-on indiqué dans son entourage.