Maintenir la pression. Dopée par le succès de la manifestation du 19 mai, - 35 000 personnes se sont déplacées devant l'Assemblée nationale, selon les syndicats - , l'intersyndicale policière veut poursuivre son action... au moins jusqu'à la fin du quinquennat Macron. "Il y a un avant et un après", résume un des organisateurs du rassemblement. Un évènement dans un microcosme où les différentes centrales ont l'habitude de s'observer avec méfiance.

Si cette entente nouvelle semble aujourd'hui possible, c'est que les syndicats policiers ont pris conscience de leur force s'ils maintiennent leur unité. Plus encore que le nombre de manifestants, l'empressement des politiques à grossir les rangs a marqué les esprits. Le communiste Fabien Roussel, l'écologiste Yannick Jadot, le socialiste Olivier Faure, le ministre Gérald Darmanin, le président de LR Christian Jacob, l'éditorialiste Eric Zemmour... Tous étaient présents. La plupart d'entre eux ont même émis le souhait de s'exprimer au micro de l'intersyndicale, représentant quatorze organisations, de toutes tendances politiques, à l'exception du très radical syndicat France Police, maintenu en dehors de l'opération. Las, les organisateurs ont choisi de ne donner la parole à aucun élu. Seul l'acteur Gérard Lanvin, dont la présence a été rendue possible grâce à l'entregent du journaliste Christophe Kulikowski, ex-rédacteur en chef d'On n'est pas Couché, mandaté par les policiers pour co-organiser et animer l'évènement, a été autorisé à livrer quelques mots de soutien aux forces de l'ordre.

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Grégory Joron, de l'Unité-SGP Police, Fabien Vanhemelryck d'Alliance-Police Nationale, Olivier Varlet de l'Unsa Police, et Christophe Rouget du Syndicat des cadres de la sécurité intérieur, se sont succédé à la tribune. Selon nos informations, ces quatre organisations et quelques autres devraient prochainement se revoir afin de poursuivre la mobilisation. "Je le souhaite. Nous allons en parler", confirme un leader syndical. La mise en place d'un rendez-vous informel mensuel - par exemple un dîner - entre les patrons des principales centrales est sérieusement dans les tuyaux.

Union sacrée

La composition exacte des participants reste à affiner, les représentants policiers s'interrogeant par exemple sur le meilleur moyen d'associer les gendarmes, interdits de grève ou de manifestation. Le mot d'ordre, lui, est déjà connu : il s'agit de continuer à mettre la pression sur le gouvernement afin d'obtenir, notamment, l'instauration de peines plancher en cas d'agression des forces de l'ordre. Le projet de loi "sur la confiance dans l'institution judiciaire", adopté en première lecture par l'Assemblée nationale, ce 25 mai, sera soumis au Sénat en septembre prochain. Les trente-cinq propositions du syndicat des commissaires de la police nationale, remises ce vendredi 28 mai à l'occasion du "Beauvau de la sécurité" livrent une autre indication des revendications envisagées : suppression du droit au silence pendant l'enquête afin de sanctionner le mensonge, réforme du droit de manifester afin que la présence sur les lieux d'un saccage ou d'une agression engage une responsabilité pénale, mise en place de travaux d'intérêt général applicables immédiatement à la place des rappels à la loi.

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Selon une source proche du dossier, ce "lobbying flic" aurait pour cible le gouvernement... mais également les futurs candidats à la présidentielle. L'objectif ? Pousser les principaux partis à reprendre dans leurs programmes les demandes de l'intersyndicale. Cette "union sacrée" devrait prendre fin au plus tard après le premier semestre de l'année prochaine, lorsque les organisations policières entreront réellement en campagne pour les élections professionnelles, prévues pour la fin d'année 2022.