Comme tous les mardis depuis un mois et demi, une centaine de militants anti-mariage gay s'étaient donnés rendez-vous place de la préfecture à Montpellier pour dénoncer la loi Taubira. Prières, chants religieux et mini-sketchs "éducatifs", sont au programme. Mais ce soir, le rassemblement avait des allures de messe funèbre: le premier mariage homosexuel sera en effet célébré demain par la maire de la ville, Hélène Mandroux. "Ce soir, on dénonce non seulement la loi et l'inertie du gouvernement devant nos protestations, mais également une mascarade, s'emporte Marc, 64 ans. Ce mariage, c'est avant tout une stratégie électoraliste, cela n'a aucun sens". Pascal, père de 6 enfants, y voit quant à lui un acte politique de la part des futurs mariés: "Ce couple veut avant tout faire connaître son combat, c'est-à-dire nous faire croire que l'homosexualité est dans la nature. Ils veulent en faire une norme, c'est insensé".

La plupart ont participé aux grands rassemblements parisiens organisés par la Manif pour tous. Mais demain, ils savent que c'est chez eux, qu'ils doivent faire entendre leurs voix. Si aucune déclaration de manifestation n'a été déposée à la préfecture, plusieurs rassemblements sont d'ores et déjà prévus. "Des collectifs tels que 'Huons les ministres' ou les 'Mères veilleuses' ont prévu des actions, mais d'autres groupuscules pourraient se joindre à eux", explique Frédéric Loiseau, directeur du cabinet du préfet de l'Hérault. Mais bien briefés par les organisateurs, la majorité des manifestants restent énigmatiques sur la teneur de leurs actions. "Bien sûr que nous serons présents s'il y a des choses organisées", lâche Eric, 33 ans, refusant d'en dire plus.

"Priez pour nous, nous baisons pour vous!"

Mais ce soir, comme une préparation pour "le grand jour", ils ne sont pas seuls sur la place de la préfecture. Une cinquantaine de militants inter-LGBT répondent à leurs chants religieux à coup de slogans plus ou moins graveleux. "La haine est un virus" ou "Priez pour nous, nous baisons pour vous!" peut-on lire sur les pancartes. "Ces manifestations en pleine rue pour dénoncer ce que nous sommes, qui nous aimons, sont blessantes", commente Théo, 21 ans. Il a prévu de se rendre devant la mairie demain pour acclamer les futurs mariés, mais craint que la fête ne soit gâchée par ces "cathos réacs". "Ils ne veulent rien lâcher, mais nous non plus!", s'enflamme Caroline, 40 ans, qui tient à bout de bras un drapeau arc-en-ciel.

Pour la trentaine de gendarmes présents ce soir, le rassemblement fait figure de galop d'essai. Ils seront plusieurs dizaines demain à patrouiller pour assurer que la fête se passe bien. "On attend au moins 4000 personnes donc nous sommes obligés d'anticiper les éventuels troubles, explique le directeur de cabinet du préfet. Même si jusqu'ici les anti sont plutôt calmes, nous sommes obligés d'anticiper tous les scénarios".