"Notre mariage? Au quotidien, ça n'a rien changé du tout!, s'esclaffe Vincent. La seule différence, c'est que maintenant, quand je dis 'mon mari', ça a une valeur juridique!" Il y a un an, il disait "oui" à Bruno, son compagnon depuis sept ans. Le "oui" le plus controversé de France. Celui qui a divisé la population pendant plusieurs mois, entraînant des manifestations d'une ampleur rarement atteinte. Le premier, également, d'une longue série. Depuis, plus de 7000 couples du même sexe en ont fait de même, selon une étude publiée par l'Insee en janvier.
"Jamais on ne s'est considéré comme des symboles de quoi que ce soit, assure-t-il. Même si on est très fier d'être l'incarnation physique de cette avancée." Si le couple - qui s'est rencontré sur un forum consacré à la Nouvelle Star - a décidé de fêter ses noces de coton dans l'intimité, pour leur union, la mairie de Montpellier affichait salle comble. En plus de leurs invités, la totalité du conseil municipal de la ville et 230 médias du monde entier avaient fait le déplacement. Et la cérémonie, en présence notamment de la porte-parole de l'époque du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, avait été diffusée en direct sur plusieurs chaînes de télévision.
Si aujourd'hui Vincent et Bruno assurent n'avoir que des bons souvenirs de leur mariage, la journée avait pourtant plutôt mal commencé. La cérémonie avait dû être décalée après plusieurs appels malveillants. Et plusieurs militants "anti" s'étaient donnés rendez-vous devant l'Hôtel de Ville pour les insulter et lancer des feux de Bengale. Etre les premiers à passer devant "Madame-le-maire" est un acte militant qui les a poursuivis bien après leur union. L'homme qui a perturbé la cérémonie en criant des insultes homophobes n'a été condamné que la semaine dernière à deux mois avec sursis et 3000 euros d'amendes.
"On était seuls au monde"
Avec le recul, regrettent-ils la médiatisation autour de leur union? "C'est un peu paradoxal, mais on avait notre intimité. Au moment de nos consentements, on était seuls au monde", se souvient le président de l''Inter-LGBT régionale et directeur d'InterPride World. Pourtant, rares sont les couples à pouvoir se targuer d'avoir reçu "plus de 500 lettres" et "10 000 messages sur Facebook et par mail" de félicitations. Seuls trois d'entre eux étaient insultants. Il assure avoir fini de répondre à tous les mails, reste désormais plus que le courrier manuscrit.
"La médiatisation a permis de toucher beaucoup de gens, bien au-delà de nos frontières, confie-t-il. Pour le militant que je suis, recevoir des messages de Syrie, d'Iran ou du Maroc nous disant que notre union les avait touchés même s'ils savent qu'ils ne pourront jamais vivre leur amour au grand jour est extrêmement touchant. On se dit qu'à notre échelle, on a pu faire bouger un peu les choses, même si cela ne suffit pas."
Adopter un enfant, la prochaine étape
Très engagé dans le combat pour l'égalité des droits, il se bat aujourd'hui pour que "Hollande tienne les promesses qu'il avait prises lors de sa campagne". A savoir, l'accès à la PMA, l'ouverture du don du sang pour les gays... "Les associations avaient porté 39 revendications. Seules deux - le mariage et l'adoption - ont abouti."
Construire une famille, justement, sera la prochaine étape de leur couple. "Je crois que le moment le plus fort a été la remise du livret de famille. Recevoir cette édition zéro, fraichement sortie de l'imprimerie, c'était vraiment le signe que nous devenions une vraie famille." Ils avaient tous deux décidé d'attendre un an après leur union avant d'entamer les démarches pour l'adoption. "On a hâte de se lancer dans cette nouvelle aventure."
