Au moins 330 000 victimes sur 70 ans, plusieurs milliers d'hommes - prêtres ou religieux - impliqués : le rapport de la Commission Sauvé (Ciase) sur la pédocriminalité au sein de l'Eglise française remis mardi au gouvernement n'a pas fini de secouer l'institution religieuse. Le pape François a lui-même exprimé toute sa "honte" face à ces révélations.
L'Eglise doit changer, martèle la Commission dans son exposé de 2500 pages. Elle préconise notamment aux autorités ecclésiastiques de relayer un message clair indiquant aux confesseurs et aux fidèles : le secret de la confession ne peut déroger à l'obligation, prévue par le Code pénal, de signaler aux autorités judiciaires et administratives les cas de violences sexuelles infligées à un mineur ou à une personne vulnérable.
Or, Eric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France et archevêque de Reims, a déclaré mercredi au lendemain de la publication du rapport que le secret de la confession était "plus fort que les lois de la République". Des propos, prononcés dans la matinale de franceinfo, qui ont suscité un tollé. Au point de déclencher une convocation devant le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, en charge du suivi des affaires relatives aux différents cultes.
"La réaction à ces propos, elle est très claire, il n'y a rien de plus fort que les lois de la République dans notre pays, ça tient en une phrase, et c'est très clair (...) Le président de la République a demandé au ministre de l'Intérieur de recevoir le président de la Conférence des évêques de France pour que les choses soient claires", a précisé Gabriel Attal, après le Conseil des ministres, ce jeudi.
Mise au point
"Le ministre recevra en début de semaine prochaine Mgr de Moulins-Beaufort pour lui demander de s'expliquer sur ses propos", a confirmé un proche du ministre de l'Intérieur. "Il n'est pas convoqué, mais invité", a-t-on précisé par la suite.
Dans un communiqué publié ce jeudi, Eric de Moulins-Beaufort précise qu'il a accepté "l'invitation" du ministre de l'Intérieur et qu'il le rencontrera mardi à 14 heures.
Pour rappel, l'article 434-3 du Code pénal qualifie de délit la non-dénonciation d'agressions sexuelles sur mineurs de moins de 15 ans, le secret professionnel n'étant alors pas applicable (article 226-14).
Eric de Moulins-Beaufort a également assuré être à la recherche d'une alternative à la levée de ce secret. "Il faut que nous trouvions un moyen de le faire autrement", a-t-il expliqué, précisant que la CEF regarderait "de très près la recommandation de la Ciase".
"Il ne faut pas opposer le secret de la confession aux lois de la République puisque celles-ci n'imposent pas sa levée, estime le président du CEF. Le droit canonique qui impose aux prêtres le secret de confession comme absolu et inviolable (...) n'est donc pas contraire au droit pénal français", a-t-il précisé dans un communiqué publié mercredi soir.
Selon l'Archevêque, il faut en revanche à l'Eglise renforcer la "formation des prêtres à l'écoute de ces cas graves pour accompagner toujours mieux les victimes à identifier les lieux et les personnes ressources en dehors de la confession, et s'assurer que cette confession ne soit qu'une étape, le début d'un chemin que l'on peut accompagner, et non une fin".
