Le 24 avril prochain est le jour où nous commémorons le génocide des Arméniens, mais c'est aussi le jour du deuxième tour de l'élection présidentielle. Comme nous le savons toutes et tous, Marine le Pen est malheureusement encore une fois aux portes du pouvoir suprême. Et qu'on ne nous dise pas que la fille n'est pas le père. Ne nous fions pas à la dame en tailleur, à ses photos retouchées, à son sourire avenant et à ses chatons nouveaux nés. Le Rassemblement national n'est pas la droite républicaine. Marine Le Pen n'est pas une femme comme les autres. La brutalité est dans son ADN politique. Elle est la digne fille de son père. Pourquoi Marine Le Pen est-elle fascinée par Poutine ? Il est un exemple à suivre, l'incarnation de son rêve inavoué : régner sans partage et sans fin.
Ce 24 avril, elle et ses sbires ont un pied dans l'embrasure. Vont-ils entrer, renverser la table où s'écrivent nos lois ? Vont-ils murer la maison qui nous abrite toutes et tous ? Vont-ils éteindre nos lumières, brûler nos livres, danser autour du grand feu ? Allons-nous devoir assister, bâillonnés au départ de celles et ceux qui sont en France sans le bon passeport ? Ceci annonce-t-il l'embrasement de notre monde si patiemment édifié, assisterons nous à la destruction méthodique de notre fragile utopie démocratique, au saccage de ses institutions politiques et culturelles ?
Naïvement, certains pensent que non. Ils s'abstiendront et ne voteront pas Macron. Ils espèrent les législatives, mais ils oublient que dissoudre l'assemblée n'est rien. Quoi qu'on dise, quoi qu'on fasse, Macron n'est pas le Pen. La République en marche n'est en rien le Rassemblement national. Non il n'y pas d'amour dans ce mouvement, ni pour la France ni pour les Françaises et les Français, mais une haine farouche de l'autre et surtout un esprit revanchard qui depuis Vichy, n'en peut plus d'attendre aux portes de la grande histoire. Le 24 avril est un jour de deuil pour les Arméniens du monde entier. Nous Français d'origine arménienne, nous redoutons la double peine et refusons que cette date ne nous fasse porter un autre deuil, celui de la démocratie.
Signataires : Simon Abkarian, acteur et metteur en scène, Francis Kurkdjian, parfumeur et homme d'affaires, Anouch Toranian, adjointe à la maire de Paris, André Manoukian, auteur-compositeur et pianiste, Anahit Dasseux, psychanalyste.
