Emmanuel Macron n'a pas toujours été constant en matière de politique migratoire, mais s'il est un sujet sur lequel il n'a jamais varié, c'est l'importance de l'immigration de travail pour l'économie française. A plusieurs reprises, et sans mâcher ses mots, il a rappelé que certains secteurs de l'économie ne pouvaient pas tourner sans travailleurs étrangers. Une manière de répondre à ceux qui pensent que "les étrangers piquent le travail des Français". Directement concernés, les métiers de l'hôtellerie, du bâtiment, de l'entretien ou des services à la personne, difficiles, en horaires décalés, souvent peu payés. En privé, certains employeurs conviennent qu'ils recrutent des sans-papiers.

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Avec leur titre de séjour "métiers en tension" évoqué dans Le Monde, Gérald Darmanin et Olivier Dussopt, les ministres de l'Intérieur et du Travail, semblent donc proposer une mesure de bon sens et en phase avec les besoins de l'économie. Plusieurs syndicats d'employeurs (agricoles ou hôteliers, en particulier) ont d'ailleurs bien accueilli l'idée. Et ce d'autant plus que, depuis la crise du Covid, les difficultés de recrutement se sont encore accentuées, atteignant, en 2021, leur plus haut niveau depuis 2011.

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Mais la proposition était à peine sur la table que, déjà, les opposants de droite à l'exécutif ont dénoncé le risque de "régularisation massive". Obligeant Gérald Darmanin à déminer. Le titre de séjour n'aura qu'une durée d'un an, et tombera dès lors que la personne changera de secteur, a-t-il précisé. Des quotas seront fixés, et ils pourront ne pas dépasser le nombre de régularisations au cas par cas réalisées dans le cadre de la circulaire Valls (soit de 7 000 à 8 000 personnes par an), a-t-il ajouté. Et si les employeurs veulent davantage de travailleurs étrangers, ils devront payer pour l'intégration (cours de français, formation...), a-t-il poursuivi.

Pas question, en effet, à l'heure où Les Républicains choisissent leur futur président et se divisent sur la question, où le Rassemblement national est à l'affût de la moindre erreur, de donner le sentiment d'accorder des papiers à des gens entrés illégalement sur le territoire, quand bien même ils y travailleraient depuis des années. Au risque d'imposer tellement de restrictions que le cadre juridique actuel n'en sera modifié qu'à la marge. Et de laisser les uns et les autres dans l'hypocrisie si souvent dénoncée par un certain... Emmanuel Macron.