Quarante-huit heures après la tentative de perquisition dans les locaux du journal Mediapart, les questions sur l'enquête ouverte par le parquet de Paris demeurent sans réponse.

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Le ministère public n'a toujours pas révélé sur quels "éléments" il s'était appuyé pour ouvrir une procédure pour, notamment, "atteinte à l'intimité de la vie privée" après la diffusion, par Mediapart, d'une conversation entre Alexandre Benalla et Vincent Crase, quelques jours après leur mise en examen pour des violences sur des manifestants à Paris, le 1er mai dernier.

La cheffe de la sécurité de Matignon auditionnée

Mais le site d'investigation assure ce mercredi que la procédure a été ouverte à la suite d'une "alerte" transmise par Matignon. Les services du Premier ministre avaient été interrogés dès la publication des enregistrements par un journaliste de Valeurs actuelles, qui cherchait à savoir si la rencontre entre Vincent Crase et Alexandre Benalla n'avait pas eu lieu dans l'appartement de la responsable du Groupement chargé de la sécurité du premier ministre, le GSPM, et si les écoutes publiées par Mediapart n'étaient pas des écoutes administratives.

La responsable du GSPM a été entendue mardi par la brigade criminelle à la demande du parquet, selon le Parisien. Une information ensuite confirmée à l'AFP.

Elle a contesté avoir réalisé les enregistrements publiés par Mediapart, mais a admis avoir reçu Alexandre Benalla chez elle à la période où les enregistrements ont été réalisés [en juillet 2018]. Son compagnon, qui serait "membre des forces spéciales", était présent lors de cette rencontre, a-t-elle précisé.

"Il ne s'agit pas d'un signalement"

Matignon a démenti les deux informations auprès de Valeurs actuelles. Mais les services du Premier ministre expliquent à Mediapart avoir voulu agir "en toute transparence" et ont donc décidé de transmettre au parquet le contenu des questions de Valeurs actuelles et des réponses apportées par Matignon.

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"Il ne s'agit en aucun cas d'un signalement ou d'un article 40 [article du code de procédure pénale qui oblige une personne dépositaire de l'autorité publique à dénoncer un délit]. Il s'agit simplement de partager en toute transparence avec la justice des éléments de réponse transmis à la presse et qui sont susceptibles de concerner une affaire judiciaire en cours", a déclaré Matignon à Mediapart.

"Manoeuvre juridique"

Le site d'investigation affirme que c'est sur la base de ces éléments que le parquet a ensuite décidé d'ouvrir l'enquête pour "atteinte à l'intimité de la vie privée" et "détention illicite d'appareils ou de dispositifs techniques de nature à permettre la réalisation d'interception et de télécommunications ou de conversations".

Lundi, Mediapart a refusé la perquisition dans ses locaux où s'étaient présentés deux magistrats du parquet et des enquêteurs qui voulaient saisir les enregistrements en question. "Tout ça est une manoeuvre, un habillage juridique qui n'a qu'une seule fin : trouver les sources de Mediapart et les tarir !", avait estimé Fabrice Arfi, co-responsable des enquêtes du journal en ligne.