"C'est une atteinte à la liberté d'informer", a dénoncé Edwy Plenel sur Twitter, après que trois journalistes de Mediapart et son directeur de publication ont été convoqués par la police, lundi, à la demande du parquet de Paris. Les quatre membres de la rédaction vont à nouveau être interrogés sur l'un des articles relevant de l'affaire Benalla.
Dans un blog, publié sur le site du média d'investigation, son cofondateur et président rappelle que le 4 février, les locaux de Mediapart avaient été perquisitionnés sur décision du procureur de la République de Paris.
C'est cette fois-ci la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP), de la police judiciaire parisienne qui a auditionné les trois auteurs d'un article qui révélait que le garde du corps d'Emmanuel Macron, un proche d'Alexandre Benalla, était un spécialiste de "l'effraction et de l'infiltration", selon le titre du papier. Il s'agit de Fabrice Arfi, Antton Rouget et Marine Turchi, ainsi que du directeur de la publication de Mediapart.
"Un climat de pression sur notre travail d'information"
Dans son blog, Edwy Plenel dénonce une trahison de l'esprit de la loi sur la liberté de la presse, puisque cette dernière garantie normalement "une justice indépendante et impartiale", c'est-à-dire, "que les délits de presse sont toujours jugés par des tribunaux et des chambres spécialisés, dont les magistrats sont indépendants du pouvoir exécutif".
Pendant l'audition, les quatre membres du journal créé en 2008, ont fait valoir leur "droit au silence et refusé de répondre à toute question", ajoute encore le journaliste d'investigation, invoquant le secret des sources qui pourrait être mis en péril. Selon lui, "cette convocation collective comme la perquisition manquée installent un climat de pression sur notre travail d'information et d'intimidation vis-à-vis de nos sources".
En mai dernier, la journaliste du journal Le Monde, Ariane Chemin, avait déjà été entendue pour un article sur Alexandre Benalla. C'est d'ailleurs elle qui avait révélé dans le quotidien, l'existence d'une vidéo sur laquelle on pouvait voir "un collaborateur de Macron", Alexandre Benalla, "frappant un manifestant le 1er mai, à Paris", comme le titrait l'article paru le 18 juillet 2018.
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Mais c'est, officiellement, pour celui intitulé : "Affaire Benalla : Matignon tente de circonscrire l'incendie", que la grand reporter avait été interrogée lors d'une audition libre à la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Cette convocation intervenait dans le cadre d'une enquête pour "révélation de l'identité d'un membre des forces spéciales" après la plainte d'un ancien membre de l'une de ces unités.
Sept autres journalistes, du site Disclose, de Radio France et de l'émission Quotidien sur TMC, avaient eux aussi été convoqués à la DGSI pour avoir enquêté sur l'utilisation d'armes françaises au Yémen.
