Son nom a fait chanceler le sommet de l'Etat. Ancien membre du premier cercle d'Emmanuel Macron, à l'origine d'un scandale politique retentissant, Alexandre Benalla doit comparaître à partir de ce lundi à Paris aux côtés de trois autres hommes. Le comportement de l'ex-chargé de mission et de Vincent Crase, un ancien salarié de LREM, en marge de la manifestation du 1er mai 2018 est au coeur du procès. Les deux hommes sont poursuivis pour des gestes violents sur un couple, Chloé P. et Georgios D., place de la Contrescarpe à Paris, où un "apéro militant" organisé avait dégénéré. Dans un autre volet, Alexandre Benalla comparaît pour avoir utilisé, après son licenciement, deux passeports diplomatiques pour se rendre en Afrique et en Israël, dans le cadre de sa reconversion dans la sécurité privée alors qu'il avait été licencié par l'Elysée. Retour sur l'affaire Benalla.

1er mai 2018 : la place de la Contrescarpe

Un visage flou sous un casque des forces de l'ordre, place de la Contrescarpe à Paris. A l'été 2018, la France découvre Alexandre Benalla, chargé de mission à l'Élysée, à l'origine du plus gros scandale du quinquennat. "Regardez bien sa tête, il l'a tabassé par terre !" Les images sont tournées le jour de la manifestation du 1er mai 2018, marquée cette année-là par de violents affrontements. Un homme se détache d'un groupe de CRS, en sweat à capuche gris et veste noire, visière baissée, s'en prend violemment à deux personnes, au milieu des cris, bris de verre et lacrymogènes.

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La vidéo figure en tête d'un article du Monde, publié le 18 juillet 2018 à 20h09, qui révèle que cet homme passant pour un policier en civil est en fait un proche collaborateur du président de la République, âgé de 26 ans. Les agissements de celui qui n'aurait dû n'être qu'un "observateur" n'ont été sanctionnés que par quinze jours de suspension, et il dispose toujours un bureau à l'Élysée, révèle le journal. En quelques heures, ce soir-là, le sujet devient explosif.

Alexandre Benalla dans la lumière

Dès le lendemain, l'opposition dénonce l'"impunité au sommet", loin de la "République exemplaire" prônée par Emmanuel Macron, élu un an plus tôt à 39 ans. Droite et gauche demandent que la justice soit saisie, des sanctions prises, et exigent des explications. Peu avant 10 heures ce 19 juillet 2018, dans un exercice resté inédit, le porte-parole de l'Elysée fait une déclaration à la presse. Alexandre Benalla a reçu "la sanction la plus grave jamais prononcée contre un chargé de mission travaillant à l'Élysée", assure Bruno Roger-Petit, l'air emprunté derrière son pupitre, parlant d'un "comportement inacceptable".

Quelques minutes plus tard, le parquet de Paris annonce l'ouverture d'une enquête. Inconnu, invisible dans l'organigramme de l'Élysée et pourtant si proche du pouvoir, Alexandre Benalla est désormais dans la lumière. Garde du corps ? Proche conseiller ? Simple organisateur ? Son rôle, nébuleux, est scruté. Voiture de service, appartement sur le cossu quai Branly, et badge d'accès à l'Assemblée feront bientôt surface. Chacun se demande quel est le véritable rôle de cet homme jusqu'ici inconnu du grand public.

L'ancien proche de Macron mis à pied

Le 20 juillet au matin, l'Élysée annonce son licenciement. Alexandre Benalla est déjà en garde à vue. Le lendemain, il devait se marier à la mairie d'Issy-les-Moulineaux : à la place, son domicile est perquisitionné. La veille, les policiers n'ont pas pu rentrer chez lui et, entre-temps, une armoire forte censée contenir des armes a disparu. L'épisode, rocambolesque, entraînera l'ouverture d'une nouvelle enquête.

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Pendant ce temps, Emmanuel Macron reste obstinément silencieux. Jusqu'à ce qu'au bout d'une semaine, ses déclarations lors d'un pot de fin de session parlementaire "fuitent". "S'ils veulent un responsable, il est devant vous. Qu'ils viennent le chercher !", lance le chef de l'État, bravache. Lunettes rondes, cette fois rasé, l'homme au centre du scandale, mis en examen, s'exprime à la télévision quelques jours plus tard. "On a essayé de m'atteindre, de me 'tuer', affirme-t-il. "C'est une façon d'attraper le président de la République par le colbac."

L'affaire des passeports diplomatiques

Les "affaires Benalla" se multiplient au fil des révélations de la presse. Notamment sur l'utilisation de ses passeports diplomatiques, en Afrique et en Israël, dans le cadre de sa reconversion dans la sécurité privée. Il a reconnu en avoir fait usage "par confort personnel", avant de les rendre. Il est jugé pour "usage public et sans droit de documents justifiant d'une qualité professionnelle". Le 18 janvier 2019, Alexandre Benalla est mis en examen pour l'usage abusif de ses passeports diplomatiques.

L'ancien conseiller est en outre soupçonné d'avoir obtenu un passeport de service le 28 juin 2018, par une lettre à en-tête du chef de cabinet de l'Élysée, François-Xavier Lauch, mais "dactylographiée" et non-signée. Renvoyé pour "faux et usage de faux", il conteste toute infraction, mettant en avant la pratique administrative de l'original signé - une mention qui remplace parfois dans l'administration une véritable signature.

Conversation privée

Le 31 janvier 2019 Mediapart diffuse des enregistrements audio d'une conversation entre Alexandre Benalla et Vincent Crase, ex-employé de LREM également mis en examen pour les violences du 1er mai. Ils se sont rencontrés en juillet alors que la justice leur avait interdit tout contact. Le 7 février 2019 la cheffe de la sécurité du Premier ministre, Marie-Élodie Poitout, présente sa démission après des rumeurs selon lesquelles cette conversation aurait eu lieu chez elle.

Elle affirme n'avoir "aucun lien avec les enregistrements". Quelques jours plus tard, la commission d'enquête du Sénat dénonce dans son rapport des "dysfonctionnements majeurs" au sommet de l'Etat. Elle demande que la justice soit saisie des "faux témoignages" des deux hommes, et relève "omissions" et "incohérences" dans les déclarations de hauts collaborateurs du chef de l'État.

Le Sénat saisit la justice

Le 21 mars 2019 le bureau du Sénat décide de transmettre à la justice les cas d'Alexandre Benalla, Vincent Crase et Patrick Strzoda, pour suspicion de faux témoignage devant la commission d'enquête. Il décide aussi de transmettre la liste des "incohérences" et "contradictions" dans les déclarations devant la commission d'autres proches d'Emmanuel Macron, dont le secrétaire général de l'Elysée Alexis Kohler et le général Lionel Lavergne, chef du groupe de sécurité de la présidence.