En se hissant au 14e rang mondial du prestigieux classement de Shanghai cet été, l'université Paris-Saclay a déjoué les algorithmes de prédiction. "Nous savions que nous allions y figurer, mais nous pensions plutôt nous situer autour de la 20e place", confie sa présidente Sylvie Retailleau. Ce coup de maître ne doit rien au hasard. Le 1er janvier dernier, après des années de tractations et de rebondissements, Paris-Saclay regroupait, sous une même bannière, différentes entités de poids : l'université Paris-Sud, mais aussi plusieurs grandes écoles (comme CentraleSupélec, l'Ecole normale supérieure de Cachan, AgroParisTech, l'institut d'optique Graduate Scool) et des organismes de recherche publics (dont le Centre national de recherche scientifique, le Commissariat à l'énergie atomique, l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement). Ce qui se traduit, en chiffres, par 48 000 étudiants, 8100 chercheurs et enseignants-chercheurs, 275 laboratoires, 13 000 publications par an.
Un classement fait pour elle
Autant dire que ce nouveau mastodonte, qui représente à lui seul 13% du potentiel de recherche français, était parfaitement formaté pour répondre aux critères étudiés par le classement de Shanghai. Celui-ci tient compte, entre autres, du nombre de médailles Fields et de prix Nobel décrochés, mais aussi de la quantité d'articles publiés dans de prestigieuses revues scientifiques. Certains esprits critiques regretteront que le palmarès ne se focalise que sur la recherche, au détriment d'autres disciplines. Ou que la qualité de l'enseignement et les perspectives de débouchés professionnels ne soient pas évaluées. "On entend aussi que l'union de nos différents établissements serait artificielle. Je ne suis pas d'accord ! Si leur réunion sous une même ombrelle est récente, ils collaborent depuis déjà très longtemps", affirme Sylvie Retailleau.
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Pour la présidente, faire partie du top 15 de Shanghai n'est pas une fin en soi. "Mais, quoi qu'on en dise, cette étape est indispensable pour être dans les radars internationaux", soutient-elle. Sylvie Pommier, vice-présidente en charge du doctorat, en mesure déjà les effets concrets : "45% de nos 4600 doctorants sont étrangers. Grâce à ce classement, nous allons encore accroître notre visibilité dans le monde et attirer de nouvelles recrues", affirme-t-elle, constatant un fort regain d'intérêt de la part des pays asiatiques. Les diplômés français de Paris-Saclay voient eux aussi s'ouvrir des horizons, un CV auréolé de ce nouveau titre étant considéré comme un vrai plus par les universités et les employeurs situés hors de nos frontières. "Nos étudiants en sont bien conscients. Dès qu'ils ont entendu la nouvelle, ils nous ont bombardés de courriels ou de coups de téléphone pour vérifier que c'était bien vrai", s'amuse Sylvie Pommier.
Cette visibilité accrue devrait également permettre à Paris-Saclay de récolter davantage de subventions et de fonds privés. Primordial pour cette université dont le budget consolidé s'élève à 900 millions d'euros... tandis que sa concurrente Harvard (première du classement de Shanghai) fonctionne, elle, avec 30 milliards d'euros ! Pour autant, il ne faudra pas tout attendre de cette nouvelle renommée. "Une partie des moyens susceptibles d'être débloqués sera aussi liée à l'excellence des projets que l'on dépose par exemple au guichet européen de financement", rappelle Thierry Doré, vice-président en charge de la recherche et de la valorisation.
L'équipe dirigeante insiste sur la nécessité de ne pas perdre de vue la raison première de cet établissement doté d'un statut expérimental. "Ce qui fait notre force, c'est cette mise en commun de perspectives, de stratégies, d'équipements, de prospectives scientifiques", se félicite Thierry Doré. Sylvie Retailleau croit en ce nouveau modèle d'université pour la France. "Il est temps de dépasser les clivages qui ont longtemps opposé grandes écoles, universités et organismes de recherche", soutient-elle. Reste à savoir si la greffe prendra.
