Chose dite, chose faite. Mediapart a annoncé ce vendredi qu'il avait assigné l'Etat en justice pour "préjudice anormal, spécial et d'une particulière gravité" après une tentative de perquisition dans ses locaux le 4 février dans le cadre de l'affaire Benalla.

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"Nous demandons au tribunal de juger qu'en ordonnant cette action infondée, déloyale et disproportionnée, le procureur de la République de Paris a engagé la responsabilité de l'État en violant la protection accordée au secret des sources et en entravant la mission journalistique de Mediapart", écrit le directeur de la publication Edwy Plenel dans un communiqué.

"Deux mois, jour pour jour, après la tentative de perquisition ayant visé, le 4 février dernier, notre journal dans l'affaire Benalla, Mediapart a délivré, jeudi 4 avril, auprès de l'agent judiciaire de l'État une assignation lui signifiant le procès que nous lui intentons devant le tribunal de Paris", détaille-t-il. Outre le versement d'un euro à titre de dommages et intérêts, Mediapart demande la publication d'un communiqué judiciaire en page d'accueil du site du ministère de la Justice.

Des extraits sonores publiés par Mediapart

Le 31 janvier, Mediapart avait publié des extraits sonores d'une conversation entre Alexandre Benalla et Vincent Crase datant du 26 juillet, soit quatre jours après leur mise en examen dans l'affaire des violences du 1er mai 2018 et en violation de leur contrôle judiciaire.

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Le parquet avait dans les jours suivants ouvert une enquête pour "détention illicite d'appareils ou de dispositifs techniques de nature à permettre la réalisation d'interception de télécommunications ou de conversations" et "atteinte à l'intimité de la vie privée".

"L'ouverture de cette enquête, un acte politique"

Dans ce cadre, deux magistrats du parquet et trois policiers avaient tenté de perquisitionner les locaux de Mediapart, pour se faire remettre les enregistrements, une initiative vivement dénoncée par le site d'information, plusieurs médias et l'opposition comme une atteinte au secret des sources des journalistes.

"L'ouverture de cette enquête était un acte politique. Notre assignation le démontre amplement : elle n'a pas de fondement juridique ; elle ne repose sur aucune information crédible ; elle ne concerne en aucun cas le travail de Mediapart ; elle témoigne d'un dysfonctionnement du service public de la justice aggravé par un détournement de procédure", dénonce Edwy Plenel.

Il rappelle qu'avant la tentative de perquisition, Médiapart s'était engagé à remettre une copie des enregistrements à la justice, ce que le site a fait dans la journée du 4 février.

"Cette tentative de perquisition relève donc 'd'une forme d'intimidation des journalistes de Mediapart' et, à travers eux, de pression sur les sources qui les informent", conclut-il.