Avant que ses parents ne disparaissent, Céline Roussel faisait souvent le même rêve : "Ma mère, qui ne savait pas nager, se noyait. Mais à chaque fois, je la sauvais des eaux". Une nuit d'avril 2011, le rêve a viré au cauchemar, comme elle le raconte à L'Express : "Cette fois-là, je ne parvenais pas à l'empêcher de couler". Comme une prémonition : le lendemain, elle apprenait par le ministère des Affaires étrangères qu'on avait perdu la trace de ses parents, lors d'un voyage au Costa Rica.

Sept ans après, la piste criminelle reste privilégiée mais le nom des coupables n'est pas connu avec certitude. Écoeurée mais combative, Céline Roussel a décidé d'interpeller le président Emmanuel Macron et la ministre de la Justice Nicole Belloubet à travers une lettre écrite avec son avocat, Jean-Charles Negrevergne. Dans son courrier, elle demande à la justice d'agir, après la découverte d'un nouvel élément qui pourrait mener vers la clé de l'énigme.

L'hypothèse d'un meurtre crapuleux

Ses parents, Claude et Gérard Dubois, tous deux nés en 1945, se sont volatilisés lors d'un voyage au Costa Rica le 31 mars 2011. Le couple de retraités, originaire de Seine-et-Marne, achevait alors un séjour de trois semaines. Leur dernier signe de vie remonte à ce jour-là, à l'occasion d'un achat dans un magasin de souvenirs dans le parc national Manuel Antonio, au bord de l'océan Pacifique. Trois jours plus tard, leur voiture de location était retrouvée abandonnée près d'un cours d'eau à Quepos, plus au nord.

La piste d'un meurtre crapuleux s'est rapidement dégagée : les policiers costaricains ont en effet découvert que les comptes bancaires des victimes avaient été débités de 12 000 euros, après leur disparition. Plusieurs individus ont été mis en cause pour l'usage frauduleux des cartes bancaires. Mais les soupçons de meurtre semblent plus prononcés envers deux d'entre eux. L'ADN de l'un des ces hommes a été retrouvé sur des documents ayant appartenu au couple. Un témoin l'aurait aussi aperçu avec deux comparses sortir d'un véhicule en tenant des sacs plastiques tâchés de sang, le lendemain de la disparition des époux Dubois. Mais, depuis, aucun mandat d'arrêt n'a été délivré.

Témoignage troublant

Au printemps, Céline Roussel a appris que de nouveaux éléments étaient parvenus à la juge d'instruction en charge de l'information judiciaire ouverte en France pour "vol avec violence ayant entraîné la mort".

Selon les informations de L'Express, un mystérieux informateur a en effet contacté la magistrate à trois reprises : une fois par téléphone en avril 2017 et deux fois par mail, à l'été suivant. Ce témoin aurait recueilli des confidences, lors d'une soirée sur une plage au Costa Rica, de la part d'un homme se vantant d'être le tueur d'un couple de Français. Or, le nom de famille de ce possible criminel résonne avec celui des suspects. L'informateur a également livré des indications pour localiser les corps des époux Dubois.

Faut-il prendre ce récit pour argent comptant ? Dès 2016, le nom des suspects avait déjà fuité dans la presse locale. L'avocat de Céline Roussel, Jean-Charles Negrevergne, a en tout cas demandé un transport des enquêteurs français au Costa Rica afin de vérifier la piste. Mais la juge a refusé au motif que ces informations reposeraient "sur des éléments trop incertains". Du reste, les gendarmes ont échoué à identifier le correspondant. Ses deux mails sont intraçables.

Dans leur lettre commune envoyée à l'Elysée, Céline Roussel et son avocat accusent " l'État français" de s'être "totalement désintéressé du sort" de Claude et Gérard Dubois. Ils réclament " une réaction, une aide, un appel au secours qui permettrait à Céline Roussel de reconsidérer la position de la juge d'instruction, pour trouver la vérité et faire rapatrier ses parents, afin de leur offrir une sépulture digne de de nom."

"Les noms des coupables sont dans le dossier, assure Céline Roussel. La juge a toutes les cartes en main pour nous aider." Plus précisément, la magistrate dispose depuis quelques semaines seulement de procès verbaux transmis depuis le Costa Rica et qui vont devoir à présent être traduits en français. La clé de l'énigme est peut-être écrite en espagnol.